Comment deux jeunes lycéens qui ont tout pour réussir et aux goûts raffinés, puisqu’ils jouaient à merveille du piano et écoutaient en boucle «Au clair de lune» et «Lettre à Elise» de Beethoven, ont-ils basculé dans l’horreur en ouvrant le feu sur douze de leurs camarades et un professeur au lycée Columbine, aux Etats-Unis ? Ce à quoi tente de répondre le réalisateur Gus van Sant à travers son film, «Elephant», inspiré d’un fait divers qui remonte à 1999 qui illustre la violence en milieu scolaire. Un acte extrême qui exprime le malaise de deux adolescents qui font l’objet de brimades, Alex, le souffre-douleur de sa classe, et Eric, que le proviseur ne veut pas écouter. Deux arguments suffisants pour les deux jeunes de se transformer en monstres. Et c’était le choix du ciné-club de l’Association jeunesse et espoir de le projeter, à la salle Frères-Madjdoub, suivant un programme dédié à un public de cinéphiles. Ainsi, le ciné-club a touché du doigt le phénomène de la violence en milieu scolaire qui n’est pas le propre des Etats-Unis, d’ailleurs. Certes, on n’en est pas là chez nous, mais la violence scolaire et extra-scolaire, liée à plusieurs facteurs, prend des proportions alarmantes. Le choix du film n’a pas été fortuit puisque le public présent était composé de collégiens et de lycéens. «Nous avons volontairement choisi ce film qui traite, ou plutôt qui démontre que l’exclusion mène inéluctablement à la violence. Et c’est ce que nous allons découvrir avec les adolescents à travers leur réaction durant le débat», nous dit Mohamed Bouchaibi, animateur au ciné-club et membre de ladite association. Après la projection du film, le débat a été ouvert avec la précieuse contribution de l’assidu psychiatre Djamel Fares. Aussi inhabituel que cela puisse paraître, les jeunes n’étaient pas si insoucieux qu’ils en avaient l’air. En effet, à travers des questions pertinentes, ils étaient réceptifs au message et ils ont pu enrichir le débat et cerner un tant soit peu «le monstre» qui réside chez en certains humains. Le docteur Fares tente, à son tour, d’expliquer aux adolescents que le phénomène de la violence diffère d’un pays à un autre. Particulièrement aux Etats-Unis, où la loi sur le port d’armes suscite un interminable débat entre les pour et les contre. Ce qui n’est pas chose facile dans un pays où il est aussi facile d’acquérir un revolver que d’acheter un objet de jardinage dans une quincaillerie. n