Josette Audin, veuve de Maurice Audin  assassiné par les autorités françaises
en 1957, a tiré sa révérence samedi  à Paris à l’âge de 87 ans, a indiqué le quotidien l’Humanité dans son édition d’hier.

La disparition de Josette survient moins de six mois après la reconnaissance officielle de la France de sa responsabilité dans l’assassinat, en Algérie, en juin 1957, du mathématicien et militant pour l’indépendance de l’Algérie, Maurice Audin. C’est justement le combat de la battante Josette qui a fini par consacrer la vérité quant à la responsabilité des autorités françaises dans le meurtre de Maurice Audin. Cette consécration aura ainsi exigé plus d’un demi-siècle de lutte et de combat pour la vérité. Symbole d’un courage inébranlable et d’une détermination infaillible,   Josette Audin a fini par arracher  la reconnaissance officielle de l’assassinat de Maurice par l’armée française.
Le président français Emmanuel Macron avait alors souligné qu’il importait que «cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité», ajoutant qu’ «il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris, dont elle a bouleversé les destins, tant en Algérie qu’en France ». Il a également reconnu officiellement que la France avait instauré, pendant la Guerre de libération nationale (1954-1962), un « système recourant à la  torture  contre les Algériens et toutes les personnes qui soutenaient l’indépendance de l’Algérie ». Dans le sillage, la veuve Audin avait relevé que «la déclaration d’un président français était une victoire politique même si elle est venue 61 ans après».  La vie de Josette a basculé le 11 juin 1957, lorsqu’elle avait 25 ans, le jour où son époux avait été arrêté par l’armée coloniale puis avait disparu. Pour leur militantisme en faveur de la cause algérienne, Josette Audin  expliquait que le couple était conscient des risques qu’il prenait, soulignant que Maurice et elle-même étaient révoltés par le colonialisme. « On ne supportait pas de voir des gosses algériens cirer les chaussures dans les rues  au lieu d’aller à l’école. Au marché, si le vendeur était arabe, tout le monde le tutoyait. Nous ne l’acceptions pas», témoignait-elle. L’affaire de l’assassinat de Maurice Audin a rebondi, faut-il le rappeler,  lorsque le député Cédric Villani, proche du président Macron et de la famille Audin, avait révélé une confidence d’Emmanuel Macron dans laquelle  il lui a déclaré que c’était l’armée française qui avait assassiné, en juin 1957, le mathématicien militant pour l’indépendance de l’Algérie. En février 2018, un témoignage d’un appelé de contingent, qui pense avoir enterré le corps de Maurice Audin, a relancé l’exigence de vérité sur ce crime vieux de 61 ans. «Je crois que c’est moi qui ai enterré le corps de Maurice Audi», avait confié au journaliste de L’Humanité ce témoin des atrocités qu’avait fait subir l’armée française aux Algériens durant la guerre de libération et qui a voulu garder l’anonymat en se tenant à la disposition de la famille Audin. Il a raconté que les événements se sont déroulés dans une ferme à Fondouk (aujourd’hui Khemis El-Khechna) où, dans une cabane fermée à clé, se trouvaient « deux cadavres enroulés dans des draps et cachés sous la paille ». Avec la disparition de Josette, c’est une femme guerrière qui s’en va après avoir fait éclater la vérité sur l’assassinat de son époux Maurice Audin.n