« Aspire Academy », un méga projet qui a permis de signer la plus grande performance sportive jamais réalisée par la Qatar : le triomphe en coupe d’Asie des nations 2019 au terme d’un parcours frôlant la perfection. Vendredi, « Al-Annabi » a décroché le premier sacre majeur. Un exploit loin d’être un hasard tant les Qataris ont bien fait les choses. Une véritable leçon sur la gestion du temps et la prospection des talents. C’est l’aboutissement d’un sérieux et minutieux investissement.

Beaucoup vont parler de naturalisation en sortant les extraits de naissance de l’effectif champion d’Asie. Algériens, Soudanais, Portugais, Yéménites… Oui ! Le Qatar est une sélection cosmopolite. Mais c’est un choix qui est assumé parce que les responsables savent très bien que l’émirat est minuscule pour ne compter que sur la souche.
Une diversité qui n’a pas empêché de concocter une équipe avec une seule âme. Un onze dévoué qui s’est trimé pour offrir au Qatar une gloire sportive qu’il voulait tant. A l’approche de la Coupe du Monde 2022, qui sera abrité par ce petit pays du Golfe, tout semble se dérouler comme les prévisions et les ambitions.
La progression est là. On a pu la voir clairement et concrètement avec les coéquipiers de Boualem Khoukhi qui ont remporté la messe asiatique en laissant une grosse impression. Un stratosphérique bilans et des records avec les 19 buts marqués et 1 seul encaissé tout au long d’un parcours de 7 rencontres qu’ils ont toutes remportées. C’était pour le collectif.

D’aspirants à Majors en Asie
Sur le plan individuel, deux hommes se sont illustrés. Il s’agit du meilleur buteur du tournoi (9 unités), Al Moez Ali (22 ans) et Akram Afif (22 ans), le roi de la passe avec 10 offrandes durant la compétition. Le premier nommé a battu le record de buts détenu par l’Iranien Ali Daay (8) depuis l’édition 1996. De son côté, le second a établi une marque qui sera difficile à effacer.
Ces deux prodiges étaient déjà montés sur le toit d’Asie avec les U19 qatariens en 2014 sous la coupe de… Félix Sanchez, leur actuel driver. Ils ont fait leurs classes ensemble en équipe nationale. C’est pour dire que cet accomplissement n’a absolument rien d’hasardeux. Surtout quand on sait que c’est à l’Aspire Academy que ces deux éléments ont fait leurs premiers pas. C’est aussi grâce aux partenariats signés avec certains clubs européens qu’ils ont pu se frotter au football professionnel même s’ils jouent dans le championnat local aujourd’hui.
Il faut aussi savoir que Al Moez Ali est né à Khartoum (Soudan) avant d’être repéré par les prospecteurs d’Aspire à l’âge de 7 ans. Il a donc rejoint ce qu’on pourrait appeler la « Masia qatari » qui sillonne l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine avec son projet « Aspire Football Dreams ». Une grosse opération où de prospection qui avait concerné plus deux millions de gamins en 2015. Notamment en Afrique, avec, à la clé, l’admission à l’Aspire Academy assortie d’une bourse.
Tout est donc fait pour dénicher les diamants de demain comme Al Moez et les épurer. Une véritable opportunité qu’offre le Qatar qui devient un pays d’« accueil » et -naturellement- la sélection que ses « expatriés » n’hésiteraient pas à défendre plus tard. Ce n’est, par voie de faits, pas vraiment naturalisation mais plus une « normalisation » et un logique retour sur investissement par « consentement ».

Les enseignements sont par là…
C’est donc la « succes story » d’un petit empire gazier d’une superficie de 11 586 km2 qui a su combler ses faiblesses par la force des perspectives et des plans minutieusement ficelés. Un long-termisme qui a commencé avec le lancement de l’Aspire Acadmy en 2004 et s’est soldé avec ce couronnement 19 ans plus tard. C’est le cycle d’une génération de football et il a été respecté. Cela veut dire que la politique sportive répond aux normes et aux exigences même si les « ultranationalistes » peuvent ne pas être d’accord sur la composante de l’effectif des « Bordeaux ».
Le Qatar a pu avancer en dépassant en cassant les « tabous ». Parallèlement, en Algérie, on préfère vanter le nationalisme et distribuer l’»Algérianité» selon l’humeur et les performances sportives. Même les binationaux sont rejetés quand les résultats ne vont pas dans le sens positif. Aussi, avec une nation de 2 381 741 km2 et des jeunes footballeurs à profusion, on a du mal à placer des joueurs issus du cru chez les « Fennecs ». Zéro formation, des plans pour le sport qui sont élaborés sans méthodologie réelle. Tout est façade et carcasse. Comme ces centres de formations qu’on attend désespérément tels des remèdes miracles à nos maux. Après tout, un bon centre n’est rien s’il n’y a pas de but au bout.
A méditer. n