La fonte des réserves de change de l’Algérie s’est accélérée en 2018, à en croire les chiffres communiqués, hier, par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Selon lui, le matelas en devises, placées dans les banques souveraines occidentales en bons de Trésor, s’est contracté à moins de 80 milliards de dollars.

Le stock s’établit à 79,8 milliards de dollars. A fin novembre 2018, les réserves de change de l’Algérie (or non compris) ont baissé à 82,12 milliards de dollars, contre 97,33 milliards de dollars à fin 2017, soit une érosion de 15,21 milliards de dollars en 11 mois. La fonte s’est accélérée durant le même exercice, faisant perdre au pays de précieuses ressources estimées à plus de 17 milliards de dollars sur une année. Les pertes sont encore plus importantes si l’on remonte les quatre dernières années, marquées par l’aggravation du déficit de la balance des paiements et la chute des cours du brut sur le marché international. En effet, dans la note de conjoncture de la Banque d’Algérie pour le premier semestre 2014, il en ressortait que les réserves de change de l’Algérie demeuraient abondantes, alors que le marché pétrolier allait connaître, en juin de la même année, un de ses pires retournement de situation.
«Les réserves officielles de change de l’Algérie se sont contractées à 193,269 milliards de dollars à fin juin 2014, après une progression, au second semestre 2013, à 194 milliards de dollars en fin de période», lit-on dans la note de conjoncture. Moins de cinq années plus tard, le solde en devises de l’Algérie s’établit à moins de 80 milliards de dollars. Cela fait une perte sèche de plus de 114 milliards de dollars depuis juin 2014, une conséquence directe de l’aggravation du déficit de la balance des paiements qui a un rôle corrosif sur les réserves de change, combinée à l’effet de valorisation négatif de ces réserves. Il faut dire que le gouvernement ne s’est que peu investi dans les solutions de fond à cette fonte des réserves de change, principal indicateur de solvabilité du pays. Les réformes budgétaires et économiques que le gouvernement devait mettre en place au lendemain du contrechoc pétrolier de 2014 tardent à voir le jour, aggravant ainsi la détérioration de l’état des finances publiques et des comptes extérieurs. Pris en tenaille entre le tarissement des ressources en dinar et la baisse des réserves de change, le gouvernement a opté dès octobre 2017 pour le financement non conventionnel pour faire face aux besoins de financement qui apparaissaient çà et là. Depuis, 4 005 milliards de dinars ont été imprimés et mis à la disposition du Trésor qui était, jadis, financé par le Fonds de régulation de recettes, dont le solde a été épuisé en février 2017. L’épuisement des ressources en interne a contraint le gouvernement à recourir à la planche à billets, alors que la fonte accélérée des réserves de change pourrait le contraindre, à terme, à reprendre le chemin des créanciers étrangers. Les prévisions du gouvernement pour la période 2019-2021, contenues dans ses cadrages budgétaires de la loi de finances 2019, tablent sur un déficit de la balance des paiements, dont les prévisions sont estimées à 17,2 milliards de dollars en 2019, 14,2 milliards de dollars en 2020, puis 14 milliards de dollars en 2021. Cependant, cette baisse du déficit n’est pas suffisante pour enrayer la fonte des réserves de change qui se situeraient à 62 milliards de dollars en 2019, 47,8 milliards de dollars en 2020 et 33,8 milliards de dollars en 2021. Ce serait le niveau critique, car en-dessous de ce seuil, c’est la solvabilité du pays qui en prend un coup, mais non des moindres. Le gouvernement n’aura de choix que de s’acheminer vers l’endettement extérieur, qu’il avait toujours écarté de ses calculs. Il est mis en demeure dès à présent d’accélérer les réformes budgétaires et économiques à même de pouvoir endiguer la contraction des réserves de change du pays.<