Une belle affiche d’interprètes de la musique châabi a été programmée à la salle Ibn Khaldoun, dans la soirée de jeudi dernier, par l’Etablissement Art et Culture de la wilaya d’Alger au public algérois, avec une palette artistique riche et diversifiée, choisie soigneusement pour mettre  en valeur le patrimoine musical algérien.

Les artistes Abdelkader Chercham, Karim Aouidat, Boudou Sid Ahmed, Fayçal Hadrouq et Taher Zahani se sont livrés à une prestation des plus exemplaires à l’occasion de cette célébration des secondes « nuits chaâbi » initiées par l’Etablissement Art et Culture de la wilaya d’Alger. Les nombreux sièges de la salle Ibn Khaldoun sont restés néanmoins vides, seulement une trentaine de personnes ont assisté à cette soirée exceptionnelle. Un phénomène, hélas, qui est en train de prendre de l’ampleur dans la capitale, connue pour cette musique typique, mais dont les mélomanes ne sont présents en masse que lors des soirées ramadhanesques. Karim Aouidet, fort de cinquante ans de carrière bien riche, a été le premier à monter sur scène pour interpréter le patrimoine de ce chant devant une trentaine de personnes. Il a chanté dans le mode sika «Yal hadra ketrou f slatt», «Nta seyed» dans le genre Nesraf, et «Aâchiq soltane el milah» dans le genre aâroubi en clôturant par les incontournables «mekhiles». L’artiste nous dira en marge de cette soirée que «cette invitation d’art et culture est une bonne chose. Nous souhaitons que tous les établissements culturels suivent ce chemin afin de faire renaître ce genre musical, c’est très encourageant pour nous en tant qu’artistes».
Pour sa part, Sid-Ahmed Bouaddou, qui est un élève d’El Hachemi Guerouabi, a voulu rendre hommage à son maître en interprétant l’une des chansons phare de Guerouabi «Tefekart el bahdja», il poursuivra avec le mode tabee laâroubi «Men ibat ya ra3i lehbab » de cheikh Gbabti. L’artiste nous confiera que cette initiative permet à la musique chaâbi de reprendre la place qu’il mérite. «Maintenant reste la présence du public qui se fait rare dans les salles d’Alger, il faudra trouver une solution. Il faudrait, peut-être, changer d’endroit car ce genre d’art a une complicité entre l’artiste et son public, sans cela, il n’y a aucun charme. Le grand inconvénient de cette salle est aussi le stationnement», a-t-il affirmé. «C’est aussi dû à un manque de communication de la part des organisateurs. Peut-être que c’est également dû au fait que les gens sont branchés sur les diffusions des matchs de football et préfèrent rester chez eux au chaud», ajoutera-t-il. Sid Ahmed Bouaddou dira également que «l’avantage à Art et Culture c’est qu’elle ne fait pas dans le népotisme, elle fait appel aux meilleurs contrairement à l’ONCI qui appelle tout le monde. J’ai quarante ans d’expérience et j’ai travaillé avec l’ONCI une seule fois, car je n’accepte pas certaines pratiques». L’interprète de musique chaâbi reste toutefois confiant en la pérennité de ce genre musical en expliquant, que «le chaâbi ne peut pas mourir. Il se porte très bien. Le public du chaâbi faudrait le chercher en dehors d’Alger, les mélomanes des qacayed se font rares dans la capitale».
Quant à Fayçal Hadrouk, malgré l’absence de public, s’est livré à une prestation des plus exemplaires. Il a joué sur scène dans le mode eqleb classique dans lmezmoum «Ya ghayat el maqsod» en poursuivant par la chanson dans le genre madih «Mahboubine nemchilou».Selon lui, «ces soirées ne peuvent être qu’une bonne chose, du moment que ces prestations manquent à Alger. Cela nous permet de travailler aussi en hiver, car souvent nous avons pris l’habitude de ne travailler que durant la période estivale». «Le chaâbi fait partie de notre patrimoine, on se sacrifie pour être sur scène. Ce n’est pas juste une question d’argent, car cette musique fait partie de nous», estime-t-il. De son côté, Taher Zahani a interprété un qucid «Ya ahl el hawa rouht mselem» et «Fi math arassoul» dans le genre madih. Il dira pour sa part que «grâce à l’Etablissement Art et Culture et l’Onci, cette art existe toujours. Mais dans d’autres wilayas il est beaucoup plus pratiqué, à l’instar des régions de Koléa, de Cherchell, de Dellys, Guelma et surtout à Béjaïa. Il y a énormément de jeunes qui prennent la relève dans le répertoire chaâbi et qui aiment ce qu’ils font».
L’artiste Abdelkader Chercham, qui a clôturé la soirée en interprétant des titres phare du chaâbi confie pour sa part, que «cette soirée n’est pas programmée au bon moment, car les gens ont d’autres chats à fouetter. La majorité des amateurs de musique chaâbi, sont actuellement branchés sur leurs écrans à regarder les matchs. Malgré cela, nous avons tenu à être présents sur cette scène dédiée à notre patrimoine musical. Nous voulons que cette salle redevienne comme elle était à l’époque des années 1970 elle affichait archi-comble pour un concert de musique chaâbi». Affirmant aussi «avant ce n’était pas n’importe qui qui montait sur cette scène, il fallait avoir des bagages mais aujourd’hui ce n’est plus le cas, tout le monde se prend pour un artiste». L’artiste, expliquera, dans ce même contexte, qu’«avant on travaillait pour l’art, maintenant ils travaillent pour l’argent. On nous dit que nous sommes périmés. Mais Dieu pardonne à ces responsable de la culture, c’est de leur faute ce qui arrive ».