La scène politique nationale semble s’imposer, depuis la convocation du corps électoral pour le 18 avril prochain, des rôles à un personnel politique dans lequel on trouve de vieilles figures et de nouveaux venus sur le champ qui recherchent un positionnement judicieux pour certains et des ralliements intelligents pour d’autres. Si les cartes ne sont pas encore toutes distribuées, les forces qui se disputeront le jeu de la présidentielle se dessinent à mesure qu’approche l’heure de vérité. C’est ainsi que l’étape de la précampagne pour l’élection présidentielle installe d’ores et déjà le décor de ce qui pourrait être la compétition vers le Palais d’El Mouradia. Il y a manifestement la candidature du président Abdelaziz Bouteflika, que l’alliance de la majorité (FLN-RND-TAJ-MPA) réclame au nom de « la continuité ». Le quatuor évoque, depuis une semaine, l’éminence d’une candidature du chef de l’Etat pour briguer un 5e mandat, dont l’annonce ne manquera pas de confier de la lisibilité au scrutin présidentiel. Mais l’on sait déjà que la candidature que réclame l’Alliance de la majorité bénéficie du soutien et de l’appui de l’UGTA d’Abdelmadjid Sidi-Saïd et du FCE d’Ali Haddad. Il va sans dire que la probable candidature d’Abdelaziz Bouteflika s’appuiera sur les appareils politiques et les organisations patronales qui ont accompagné le chef de l’Etat dans les précédents scrutins. Cette candidature pourrait également compter sur d’autres acteurs qui peuvent s’inviter dans la compétition électorale à l’image des notabilités locales et des organisations à caractère religieux. Le paysage politique préélectoral a vu aussi l’émergence de la candidature du général-major à la retraite, Ali Ghediri, qui postule à la magistrature suprême au nom d’une « rupture sans reniement ». La candidature d’Ali Ghediri annoncée le 19 janvier dernier à travers une déclaration suivie de plusieurs sorties publiques via des médias tend visiblement à recruter des adhésions auprès des déçus et autres exaspérés de la situation du pays. Se posant alors comme le candidat de l’opposition au système, Ali Ghediri articule visiblement sa candidature autour de quelques figures du combat démocratique, à l’image de l’avocat et militant Mokrane Aït Larbi nommé coordinateur de staff de campagne et de la figure médiatique H’mida Layachi désigné à la communication du même staff. La candidature d’Ali Ghediri ne sera-t-elle pas orpheline d’un appareil politique qui l’a porterait à bon port ? Le concerné n’en fait pas un point de fixation. Dans sa réponse à cette interrogation, qui lui a été posée à l’occasion de son passage la semaine passée au forum du quotidien Liberté, il se dit nullement obsédé par un tel déficit, estimant que son atout majeur serait le peuple. Néanmoins M. Ghediri peut vraisemblablement compter pour sa campagne présidentielle sur un soutien financier de taille qui pourrait être le patron de Cevital, qui entretient, ces dernières années, des relations tendues avec le pouvoir en place. D’où la question de savoir si la mobilisation enclenchée depuis des mois pour dénoncer le blocage des investissements du groupe Cevital, notamment dans la wilaya de Béjaïa, ne serait pas captée par la candidature de Ghediri. A l’heure actuelle, et deux semaines après la convocation du corps électoral, la candidature d’Ali Ghediri, s’il est encore prématuré de l’évaluer, aura visiblement pris place dans l’espace public et médiatique. Elle semble même faire de l’ombre à celle, pas encore actée, d’Ali Benflis, qui a pourtant fait part de ses intentions de postuler à la magistrature suprême avant d’observer un repli qui pourrait s’avérer contreproductif s’il venait à confirmer sa candidature. La position d’attente privilégiée par l’ancien chef de gouvernement, et par ailleurs deux fois candidats malheureux (2004 et 2014) à la présidence, prend l’allure d’une perte de temps, d’autant plus que l’ambition ne manque pas chez le concerné et la mobilisation ne fait pas défaut parmi ses partisans. Ces derniers peuvent cependant nourrir des regrets quant aux décisions prises antérieurement par leur parti de l’avant-garde des libertés, notamment celle portant sur le boycott des dernières législatives. Car une participation aux législatives aurait confié plus d’atouts à la formation d’Ali Benflis à l’heure de la présidentielle. Et, contrairement à cette posture d’Ali Benflis, le chef du MSP, Abderezzak Makri n’a pas mis beaucoup de temps pour se lancer dans la bataille présidentielle. Aussitôt son initiative de report du scrutin abandonnée, aussitôt engagé dans la course à la présidence. Avec cet atout d’avoir déjà ficelé un programme électoral, cela renseigne incontestablement que la machine MSP est d’ores et déjà bien huilée pour l’événement. A l’évidence, Makri peut tenir un rôle important s’il parvient notamment à fédérer la mouvance islamiste qui testera à l’occasion de cette présidentielle sa représentation dans la société. D’autant plus que le FJD, d’Abdallah Djaballah, ne présentera pas de candidat. Ce parti garde pour le moment le secret sur la candidature qu’il soutiendra.<