La baisse des réserves de changes qui s’est accrue davantage, lors des deux derniers mois, pour porter ces stocks en devises à moins de 80 milliards de dollars, met le pays dans une situation « inquiétante », a averti hier le professeur en économie, Mohamed Cherif Benmiloud.
« Il faut s’en inquiéter car ce n’est plus une question de stock mais d’évolution de ce stock au cours des années à venir. La situation est préoccupante. Dans l’état actuel des choses, nous avons chaque année 20 milliards de dollars de déficit », a souligné M. Belmihoub lors de son intervention dans l’émission « L’invité de la Chaîne III », au lendemain de l’information livrée par le Premier ministre Ahmed Ouyahia, faisant état d’un recul des réserves de changes du pays à moins de 80 milliards de dollars.
La situation est d’autant plus préoccupante que le stock de devises restant risque d’être englouti à « très court terme», a ajouté l’invité de la Chaîne III.
«Si on fait un petit calcul, on se rend compte que les 79 milliards disponibles aujourd’hui pourront couvrir trois années de commerce extérieur. Donc, il faut s’inquiéter, parce que trois ans dans la vie d’un pays et dans une économie, c’est court. C’est le très court terme même », a-t-il martelé.
Partant des données de 2018, M. Belmihoub fait des prévisions pour 2019 qui, estime-t-il, devraient déboucher sur un déficit de 7 à 8 milliards de dollars. « Avec un prix de pétrole à 70 dollars, ce qui est très optimiste, et des importations de 35 milliards de dollars, nous aurons à la fin de l’année 7 à 8 milliards de dollars sur la balance commerciale.
Mais à condition que la production du pays reste au niveau actuel », dira-t-il. Précisant qu’il faudra compter aussi avec une consommation interne d’hydrocarbures, notamment de gaz, qui croît de « 7 à 9% annuellement » et qui pourrait « faire baisser » les capacités exportables du pays en la matière. Et s’il y a déficit à répétition, et irréversible, pour l’économie algérienne c’est parce celle-ci évolue sous la houlette exclusive des hydrocarbures pour pouvoir s’exporter, rappelle notre économiste. « Notre économie ne se diversifie pas. On continue à n’exporter que du pétrole, avec quelque 1,5 milliard de dollars d’autres produits qui sont, eux aussi, liés aux hydrocarbures », fait-il remarquer.
Mais ce qui est encore « plus préoccupant » aujourd’hui, c’est « la structure de l’économie algérienne » et son impact sur la balance commerciale », poursuit l’invité de la Chaîne III. Une économie bâtie sur une logique qui nous fait « consommer plus qu’on produit » et nous pousse à recourir à l’importation tous azimuts. Dans ce sens, M. Belmihoub évoque les services que « nous avons longtemps négligés », regrette-t-il, relevant que dans ce secteur « nous sommes déficitaires de 12 à 13 milliards de dinars par an ».
La production nationale « ne suit pas », soutient l’expert en économie, considérant qu’il n’existe pas une politique d’investissement mise en place pour la booster réellement. « Nos usines ne tournent pas à plein régime », constate-t-il encore, pour mettre plus en évidence la relation de cause à effet qui caractérise la balance commerciale du pays et mène régulièrement au recours à son stock de devises. La situation paraît plus compliquée, et encore plus préoccupante, face au galop démographique que connaît le pays ces dernières années, avec une moyenne de un million de naissances enregistré par an.
« Nous sommes dans une situation de croissance démographique, mais cette croissance démographique n’est pas adossée à une croissance économique», relève-t-il, non sans préconiser une démarche qui permettrait au pays de faire tourner sa machine économique en harmonie avec le potentiel existant.
Cette démarche, précisera-t-il, passe par le libre investissement, par une gestion des entreprises publiques affranchies des tutelles administratives, mais aussi par un secteur public assaini pour ne plus être un gouffre financier pour le budget de l’Etat. Il est impératif aussi «d’organiser le marché sur des bases concurrentielles, en le libérant notamment de la mainmise des lobbies », recommandera l’analyste en économie.<