Un hommage appuyé a été rendu, hier à Alger, au défunt Abdelhamid Mehri à l’occasion du forum organisé en sa mémoire par l’association Machaâl Echahid et le quotidien El Moudjahid.
Des moudjahidine, des journalistes et des historiens se sont donné rendez-vous au 20, rue de la Liberté pour évoquer le parcours de ce grand militant du Mouvement national et de l’Algérie moderne, à l’occasion du 7e anniversaire de son décès. Mais c’est surtout «la dimension maghrébine dans la pensée de Abdelhamid Mehri» qui a servi de thème amiral pour ce forum, offrant l’occasion d’évoquer la conviction profonde que nourrissait ce dernier pour le projet de l’Union maghrébine et du destin commun de ses peuples. Lorsque Mehri était ministre de l’Information et de la Culture, et lorsqu’il a été aussi le chargé de ces volets à la direction du FLN, il a toujours recommandé de ne pas porter atteinte au destin commun des peuples maghrébins», se souvient l’ex-député et ex-militant du FLN, Mohamed Bouazara. «Il disait toujours que si les pays maghrébins ont réussi à avoir leur indépendance, leurs peuples finiront bien un jour par s’unir», soulignera M. Bouazara mettant en évidence l’attachement de Abdelhamid Mehri au projet de l’Union maghrébine.
«Mehri a entamé son combat en participant à la conférence de Tanger, en 1958, à laquelle ont pris part des personnalités phares du FLN pour dessiner les contours d’une approche prospective de l’Union maghrébine», poursuivra-t-il, précisant que le défunt disait avant sa mort que «le rêve de l’Unité maghrébine a été avorté». Le même intervenant fera aussi remarquer que «Mehri n’était pas une personnalité figée, au contraire, il était un politicien de premier rang. Lors de la courte durée qu’il a passée comme ambassadeur d’Algérie au Maroc, en 1988, sa maîtrise du dialogue lui a permis de convaincre le roi Hassan II d’organiser un référendum d’autodétermination pour le peuple sahraoui». Et d’ajouter «des rencontres ont ainsi pu avoir lieu entre le roi et les responsables du Polisario» et «les choses allaient dans le bon sens, avant que Mehri ne soit rappelé à Alger pour occuper le poste de secrétaire général du FLN, juste après les événements d’octobre 1988».
Le professeur en histoire à l’université d’Alger 3 (Bouzaréah), Mohamed Lahcene Zeghidi, a, quant à lui, mis en avant le parcours «exceptionnel» de Mehri aussi bien au sein du Mouvement national, lors de la Révolution algérienne. «Il était membre du Comité central du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et avait tissé des relations avec de grands chefs de la Révolution comme Boudiaf et Ben Boulaïd», racontera M. Zeghidi, avant de souligner que «juste après le déclenchement de la Révolution, Abdelhamid Mehri avait été affecté à la mission diplomatique activant à l’étranger».
Un secrétaire général
du FLN «hors pair»
Pour sa part, le moudjahid Mohamed Cherif Sisbane a salué les qualités du défunt Mehri, qui était «imbu des valeurs de la Révolution et de la lutte, et se distinguait par sa grande culture», soulignant son attachement à la «diffusion de l’enseignement, à travers l’ensemble du territoire national, lorsqu’il était à la tête du ministère des Affaires sociales et culturelles du gouvernement provisoire en 1959. Il avait donné alors «des instructions pour la création d’écoles au niveau des zones frontalières qui avaient par la suite formé plusieurs cadres de l’Etat algérien», a poursuivi M. Sisbane, alors que la moudjahida et sénatrice Leïla Tayeb s’est remémorée Mehri «le diplomate chevronné» qui s’est particulièrement distingué lors de sa désignation en tant qu’ambassadeur d’Algérie à Paris, où il a bien représenté l’Etat algérien et jouissait du respect de grands responsables français». Elle a cité également son retour en Algérie et son élection à la tête du secrétariat général du Front de libération nationale (FLN), ajoutant que le défunt était «un secrétaire général hors pair, en témoigne sa façon particulière de gérer le parti». «Le rôle important de Abdelhamid Mehri dans la diffusion de la langue arabe en Algérie» a été également mis en exergue par le président du Conseil supérieur de la langue arabe (Csla), Salah Belaïd. Il plaidait pour «une politique nationale spécifique aux langues» et considérait «toute distinction entre les langues arabe et tamazight comme un legs colonial à bannir», a précisé M. Belaïd.
Pour démontrer la grande sagesse qui caractérisait le défunt, le président de l’association Machaâl Echahid, Mohamed Abbad, fera appel à l’année 1991, lorsque Mehri, alors secrétaire général du FLN, avait «décidé d’annuler à la dernière minute une marche des militants du parti à Alger, alors que les militants du FIS dissout avaient programmé leur propre marche le même jour et dans un itinéraire opposé». Une démarche «sage et qui montre que Mehri agissait toujours pour ne pas aggraver les situations», soutiendra M. Abbad.