Lancer un pont de plusieurs dizaines de kilomètres, devant relier les deux caps de la baie d’Alger, voilà en une phrase le projet titanesque qui a été présenté, détaillé et défendu, samedi dernier, au Musée d’art moderne d’Alger (Mama) par Nacym et Sihem Baghli, deux architectes à l’origine de l’initiative «Djisr El-Djazaïr». Le concept du «Pont d’Alger», lancé il y a une dizaine d’années, a réussi à rallier plusieurs dizaines de professionnels du secteur, algériens et étrangers, le «parrain» du projet n’étant autre que le célèbre architecte et urbaniste néerlandais Rem Koolhaas. Voulu par ses concepteurs comme un «projet citoyen», conviant à ce titre le public et la presse à prendre part, tout au long de l’après-midi, à plusieurs sessions de discussions où les impacts sociaux et culturels, les retombées économiques et l’image de marque que constituerait une telle réalisation pour la capitale, ont été longuement abordés. L’origine d’une telle idée est de donner un nouveau souffle à la capitale en réduisant le temps nécessaire pour rallier les trois points d’ancrages du «futur pont», à savoir les quartiers de Kettani et du Jardin d’essais, à l’ouest, et Tamentfoust, à l’est. C’est avant tout le résultat du constat fait, il y a près de dix ans, que la ville d’Alger avait besoin d’être «repensée» dans l’optique d’une ville intelligente et «de réfléchir à l’avenir de la ville (…) au patrimoine que nous construisons pour demain», soulignent le intervenants. Les deux architectes ayant en ce sens déjà inscrit leur projet au programme de la wilaya d’Alger « Alger Smart City», Nacym Baghli nous explique, en marge de la rencontre, que les pouvoirs publics sont au courant de l’initiative. En précisant qu’«elle avait été inscrite dans le programme de la wilaya Alger Smart City qui avait été lancé en 2017» avec pour objectif de récolter toute idée constituant un plus, une valeur ajoutée à l’émergence de la ville intelligente de demain. Multipliant ainsi les arguments en faveur du «Pont d’Alger», principalement économiques et sociaux, à travers le rapprochement des quartiers géographiquement proches, mais que les contraintes de circulation placent «à plus de deux heures de route». Nacym Baghli se défend, par ailleurs, de toute volonté de «toucher» à l’harmonie de la baie d’Alger, expliquant, que le rendu architectural serait une priorité, en affirmant qu’«il n’a jamais été question de défigurer la baie, mais bien de la sublimer et de l’inscrire dans le futur…». Quant aux aspects financiers et techniques d’une telle réalisation, il est apparu, à l’issue des discussions avec les architectes et professionnels, que cela ne constituait pas d’obstacle insurmontable. Ainsi, alors qu’il a été expliqué durant le rencontre que «le budget nécessaire devrait être défini en prenant en compte les retombées économiques à long terme», Nacym Baghli nous précisera, par ailleurs, à l’issue de la rencontre «que techniquement cela est faisable, des ponts sont construits à Tokyo, Lisbonne ou Hong Kong, des zones sismiques, mais également très exposées aux vents. Le défi n’est pas de cet ordre. Il serait davantage politique, économique et social. C’est en cela qu’il faut faire accepter l’idée, expliquer que cela est un projet qui apportera un plus». Un optimisme que partage également l’un des invités du couple Baghli, le professeur Donald L. Bates, de l’université de Melbourne, en Australie, qui nous confie, en marge de la rencontre, que d’autres régions du monde dont la géologie est apparemment plus «difficile» que celle de la baie d’Alger, avaient déjà leurs ponts. «Je ne connais pas en détail la géologie d’Alger (…) mais la réalisation de ponts dans des régions de Chine, du Japon et de Taiwan… des zones à la géologie très complexe, fait que la construction de ce type de structure est devenue relativement facile», a-t-il estimé.n