La première mouture du projet de loi sur les hydrocarbures a été finalisée et transmise au Premier ministère, a indiqué le président de l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft), à l’occasion d’un workshop technique que l’institution de valorisation des hydrocarbures a organisé hier à l’hôtel Sheraton, à Alger.

Le projet de loi passera en Conseil des ministres avant la fin du premier trimestre 2019. Il sera transmis au Parlement et débattu, au plus tard dans le courant de la première quinzaine de mai. Le processus de la révision de la loi sur les hydrocarbures étant très complexe, vu le nombre d’intervenants, Alnaft a fait appel à des cabinets d’avocats américains pour l’élaborer.
Elle estime avoir avancé dans ce dossier, soulignant l’ampleur de la tâche accomplie. Le projet de loi en question va suivre son cours et passera en première lecture au Parlement, avant l’été prochain, indique-t-on. Et, au cours du second semestre 2019, Sonatrach et ses associés étrangers se trouveront dans les starting-blocks pour s’engager dans de nouveaux contrats d’exploration et d’exploitation, y compris dans le non conventionnel et l’offshore et ce dans le cadre de la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Le non conventionnel doit être une priorité majeure pour le gouvernement dans la poursuite de l’objectif de développement du secteur pétrolier, tout en cherchant à assurer la sécurité énergétique et le développement durable pour le pays, soulignent les animateurs de ce workshop. Toutefois, et en raison de ses conditions techniques et économiques, l’exploitation du schiste reste complexe et peu rentable, a fortiori dans un contexte de crise pétrolière. Le taux de récupération de ce gaz ne dépassant pas 10%, sa production nécessite une très forte mobilisation de moyens de forage (il faut jusqu’à 100 appareils de forage pour obtenir la production équivalente à un (1) appareil pour le gaz conventionnel). Il faut en plus disposer jusqu’à 15000 m3 d’eau par puits, ce qui va nécessiter, par exemple, dans le Sud-Ouest saharien, un très grand nombre de camions citernes. Pour éviter la pollution des nappes phréatiques, il faudra munir chaque appareil de forage, d’une installation de traitement du fluide de forage. Un forage à 3000m pourra coûter jusqu’à 20 millions de dollars.
L’investissement requis pour l’exploitation du gaz de shiste, tel qu’avancé par la société Alnaft, s’élèverait à 300 milliards de dollars dans les dix prochaines années. Les autorités ne comptent cependant pas laisser filer un potentiel si important. Alnaft a mené une étude sur le schiste et les premières conclusions font ressortir le fait que le potentiel schisteux qui sommeille dans les entrailles devrait nous permettre de créer un nouveau Hassi Messaoud et un nouveau Hassi R’mel.

Potentiel schisteux revu à la hausse : 9.818 TCF
Les réserves nationales estimées en hydrocarbures non conventionnelles ont été considérablement revues à la hausse permettant à l’Algérie de se hisser à la 3e position pour le gaz et la 7e position pour le pétrole au classement mondial, selon cette étude. Cette dernière, présentée par le directeur de la promotion du domaine minier à Alnaft, Mahmoud Djidjeli, lors de ce workshop, indique que les ressources non conventionnelles algériennes sont estimées à 9.818 TCF (Trillion cubic feet) de gaz et 1.194 milliards de barils de pétrole, contre 6.025 TCF de gaz et 176 milliards de barils de pétrole mentionnés dans les anciennes études réalisées dans la période 2012-2013. Les ressources calculées dans le cadre de cette étude se répartissent sur les zones d’Ahnet-Timimoune (2.954 TCF de gaz/225 milliards barils de pétrole), d’Oued Mya-Mouydir (2.125 TCF de gaz /307 milliards barils de pétrole) de Tindouf (1.574 TCF de gaz /47 milliards barils de pétrole) de Reggane (1607 TCF de gaz/202 milliards barils de pétrole) et de Berkine-Illizi (1.587 TCF de gaz /393 milliards barils de pétrole). Toutefois, en excluant les zones souterraines risquées (prendre en considération uniquement les profondeurs entre 800 et 3.600 mètres), le potentiel non-conventionnel total est estimé à 4.456 TCF de gaz/329 milliards barils de pétrole. Mais en attendant de mettre en exploitation ce potentiel, Alnaft conseille à Sonatrach de relever le taux de récupération sur les gisements matures. Un grand nombre d’anciens responsables de l’amont pétrolier admettent qu’il est encore possible d’améliorer le taux de récupération actuel des gisements d’hydrocarbures (estimé à 25-30% pour le pétrole, et à 70-80% pour le gaz), en mieux respectant certaines règles d’exploitation anciennement usitées. Arezki Hocini, président d’Alnaft, a estimé à la faveur de ce workshop que l’augmentation du taux de récupération de 10%, permettra de prolonger de 30 ans les gisements matures. Selon lui, le taux de récupération dans les gisements algériens se situe actuellement entre 20 et 30%. Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, a insisté, lui, à l’occasion de cette réunion, sur l’importance de tirer profit des solutions techniques et technologiques existantes en associant davantage le monde scientifique pour préserver à moyen et long termes l’indépendance énergétique de l’Algérie. Il est une réalité, a-t-il dit, que le paradigme de la découverte des grands gisements a effectivement laissé place à de nouvelles approches imposées par des circonstances d’ordre géologique, mais aussi technique et technologique, telle que l’amélioration de taux de récupération.<