Le président afghan Ashraf Ghani a appelé lundi les talibans à «engager des pourparlers sérieux» avec le gouvernement de Kaboul suite aux «progrès» annoncés par les Etats-Unis et les insurgés à l’issue d’une semaine de négociations au Qatar. «J’appelle les talibans (…) à montrer leur volonté afghane, à accepter l’exigence de paix des Afghans et à entamer des pourparlers sérieux avec le gouvernement afghan», a-t-il déclaré d’un ton solennel dans un discours télévisé depuis le palais présidentiel à Kaboul. Ashraf Ghani s’exprimait au lendemain d’une rencontre avec l’envoyé spécial américain, Zalmay Khalilzad, tout juste arrivé de Doha après six jours de pourparlers entre représentants talibans et responsables américains. «Nous voulons la paix, nous la voulons vite, mais nous la voulons avec un plan», a poursuivi M. Ghani. «N’oublions pas que les victimes de cette guerre sont des Afghans et que le processus de paix doit aussi être mené par les Afghans». «Nous ne voulons pas répéter les erreurs du passé», a-t-il ajouté en allusion à des épisodes de l’histoire turbulente du pays. Les autorités afghanes se plaignent d’avoir été exclues des discussions de Doha et ont averti que tout accord entre les Etats-Unis et les talibans nécessitait l’approbation de Kaboul. Les talibans ont toujours catégoriquement refusé de parler directement avec le gouvernement afghan, qu’ils décrivent comme une «marionnette» de Washington. Les deux parties avaient toutefois fait état samedi de «progrès» dans les négociations et convenu de poursuivre leurs cycles de négociations, même si aucune date n’a été annoncée à ce stade. Leur durée sans précédent a fait naître l’espoir qu’un accord entre talibans et Etats-Unis puisse servir de base à des pourparlers de paix formels avec le gouvernement de Kaboul, même si de nombreux points d’achoppement subsistent. «J’ai mis au courant le président Ghani hier soir sur les progrès que nous avons accomplis. La paix est la plus haute priorité de l’Amérique en Afghanistan, un objectif que pensons être partagé par tous les Afghans», a confirmé peu après M. Khalilzad sur Twitter. «Nous avons un projet de cadre qui doit encore être complété avant de devenir un accord», a-t-il par ailleurs déclaré au New York Times lundi. «Les talibans se sont engagés, à notre satisfaction, à faire le nécessaire pour empêcher l’Afghanistan de jamais devenir une plate-forme pour des groupes ou pour des individus terroristes», a-t-il ajouté.
«Marionnette»
M. Khalilzad a assuré le chef de l’état afghan qu’un «dialogue entre Afghans» est aux yeux des Etats-Unis la «seule solution pour une paix durable en Afghanistan». «Mon rôle consiste à «faciliter des pourparlers entre Afghans», a-t-il déclaré. Parmi les autres points de friction figurent la question d’un cessez-le-feu et celle d’un calendrier de retrait des troupes américaines du pays. Le président américain Donald Trump semble pressé de retirer ses troupes: il avait fait part à la fin de l’année dernière de son intention de retirer la moitié des 14.000 soldats stationnés en Afghanistan au sein d’une coalition de l’Otan qu’ils dirigent. Les Etats-Unis mènent en Afghanistan la plus longue guerre de leur histoire depuis leur intervention en 2001 pour renverser le régime taliban au pouvoir. Mais ce sont les Afghans, civils et militaires, qui payent le prix le plus lourd au conflit. Jeudi au Forum économique de Davos, M. Ghani a indiqué que 45.000 membres des forces de sécurité afghanes avaient péri depuis son élection en septembre 2014, ce qui représente en moyenne plus de 28 décès par jour. Des pertes qualifiées «d’intenables» par les experts. Quant aux civils, nombre d’entre eux ont accueilli avec scepticisme l’annonce des progrès accomplis dans les négociations, disant redouter que l’Afghanistan ne plonge encore davantage dans le chaos.<