Soumis depuis des mois à une crise économique et politique aiguë, le Venezuela se transforme de jour en jour en terrain d’affrontement entre les puissants du monde, partagés entre supporters du président en place Nicolas Maduro et partisans
de son opposant, le chef de l’Assemblée parlementaire Juan Guaido, qui s’est autoproclamé chef de l’Etat.

L’intensité de la réaction internationale par rapport à ce qui se passe dans ce pays d’Amérique latine s’explique naturellement par la formidable richesse de son sous-sol et par la position géopolitique privilégiée qu’il occupe dans un sous-continent où les gouvernements de gauche se comptent sur le doigt d’une seule main, impliquant des enjeux économiques et politiques d’ampleur mondiale, engageant également des poids lourds concurrents tels les Etats-Unis, l’UE, la Russie et la Chine.
A ce sujet, tous les observateurs sont d’accord pour affirmer que si le Venezuela n’était pas aussi riche ni aussi important au plan géopolitique et géoéconomique, il serait resté à la marge de l’actualité nationale et n’aurait bénéficié que d’une résolution onusienne parmi tant d’autres et sans conséquences sur sa destinée. En effet, le pays possède les plus grandes réserves de pétrole au monde. Une manne extraordinaire qui aiguise les appétits internationaux et dont le contrôle, s’il change de mains, pourrait impacter le marchand mondial du brut et avoir des répercussions aussi bien sur les pays producteurs que consommateurs.
Pour rappel, la crise que vit actuellement le Venezuela, un Etat rentier qui tire 96% de ses revenus de sa richesse fossile, est le résultat de l’effondrement des cours de pétrole depuis l’été 2014, aggravé par une gestion calamiteuse de l’appareil économique. Parmi les aberrations que ce pays présente aujourd’hui est son incapacité à raffiner son propre pétrole et son obligation de racheter sous forme de carburant une partie du brut qu’il exporte aux Etats-Unis, puissance dont le chef, Donald Trump, a décrété un embargo pour mettre le gouvernement Maduro, déjà accusé de gabegie et de corruption à grande échelle, devant l’impossibilité de gérer quoi que ce soit.
Les dégâts sont tels que Caracas est aujourd’hui dans une posture où le pouvoir en place n’est même plus en mesure de garantir l’entretien et la maintenance des infrastructures pétrolières, qui connaissent de fréquentes pannes et des accidents industriels. Le Venezuela qui produisait environ 3 millions de barils par jour en 2013 a vu ses capacités de production divisées par trois à la fin de l’année 2018. 80% du pétrole extrait part vers l’étranger dans générer de revenus, selon une déclaration récente de José Bodas, secrétaire général des travailleurs du pétrole, qui est sorti de son silence pour critiquer le délabrement des installations pétrolières.

Bataille au Conseil de sécurité

Ces barils de pétrole exportés par millions et qui ne rapportent rien trahissent la situation d’extrême endettement du pays et la décision, sans doute courageuse du pouvoir en place mais avec des dégâts considérables sur l’économie et le pouvoir d’achat des Vénézuéliens, de rembourser les prêts gigantesques contractés auprès de la Chine et de la Russie, deux acteurs de poids qui ne veulent pas entendre parler d’un départ du gouvernement Maduro acculé par une opposition virulente et la rue excédée par une pénurie tous azimuts.
Selon les estimations, Pékin aurait accordé plus de 60 milliards d’euros de prêts à Caracas, dont 5 milliards en 2018, que le Venezuela devait rembourser en pétrole. Mais l’accord n’a pas fonctionné comme prévu et a été dénoncé par l’opposition vénézuélienne, qui le considère comme nul sans l’approbation de l’Assemblée nationale qu’elle contrôle. On comprend alors pourquoi la Chine verrait d’un mauvais œil un changement de pouvoir à Caracas. Nicolas Maduro est par ailleurs pour la Chine, affirment des observateurs occidentaux, la garantie de pouvoir prendre pied en Amérique latine, une de ses priorités stratégiques.
Moscou, qui a rejeté hier un texte de sanction que les Etats-Unis ont proposé au Conseil de sécurité de l’ONU, fait tout également pour empêcher le pouvoir au Venezuela de sombrer. En décembre 2018, Nicolas Maduro et Vladimir Poutine ont annoncé dans la capitale russe une « nouvelle alliance économique et militaire ». La Russie s’est engagée à investir plus de 5 milliards de dollars dans le secteur minier et pétrolier vénézueliens et à envoyer 2 bombardiers russes dotés de capacité nucléaire. Le Venezuela, qui est l’un des plus importants importateurs d’armement russe, représente donc un enjeu crucial pour le Kremlin décidé pour cette raison à affronter ses adversaires occidentaux qui travaillent à l’avènement de l’opposition au pouvoir à Caracas. L’affrontement entre les deux blocs d’ailleurs ont connu, hier, un nouvel épisode au Conseil de sécurité de l’ONU.
Outre les Etats-Unis qui ont reconnu le président autoproclamé Juan Guaido et cherché à imposer un texte de sanction bloqué par Moscou et Pékin, Madrid, Paris et Berlin ont lancé hier samedi de manière coordonnée un ultimatum à Nicolas Maduro et annoncé qu’ils reconnaîtraient l’opposant Juan Guaido comme « président » du Venezuela si des élections n’étaient pas convoquées sous «huit jours», peu avant une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la crise.