Le bras de fer au Venezuela se poursuit entre le pouvoir et l’opposition sur fond d’interventionnisme étranger, notamment américain. Depuis Alger, Serguei Lavrov a qualifié l’attitude de Washington d’«exemple d’une ingérence flagrante dans les affaires internes d’un pays». C’était en réponse à une question sur la réaction des Etats-Unis qui ont promptement reconnu l’opposant Juan Guaido comme «Président par intérim» du Venezuela.

Pour Moscou, qui a condamné «ceux qui poussent la société à l’abîme d’un conflit sanglant», «la dualité de pouvoirs, intentionnelle et, il va sans dire, bien méditée est un chemin direct au chaos et à la destruction des ciments de l’État vénézuélien». Le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, un illustre inconnu qui s’était auto-investi chef de l’État «en exercice» semble vouloir camper sur sa position. Visiblement l’opposition de droite voudrait arracher le pouvoir avec le soutien de Washington sans passer par les
urnes.
Quelques minutes seulement après la déclaration de Juan Guaido annonçant la constitution d’un gouvernement intérimaire, les États-Unis s’empressaient de le reconnaitre comme le président «légitime». Trois minutes plus tard, c’était au tour de Luis Almagro, le secrétaire général de l’Organisation des États Américains d’apporter sa bénédiction. Puis, Mike Pompeo, le secrétaire d’État, et Donald Trump en personne ont donné le ton en exigeant de Nicolas Maduro qu’il abandonne son siège au nom de la «démocratie». Dans une Amérique latine, portée désormais par une vague réactionnaire, les exécutifs de droite, au Brésil, au Chili, en Argentine, au Paraguay, en Équateur et au Guatemala se sont aussitôt alignés. L’Union européenne par l’entremise de son président du Conseil, Donald Tusk, a plaidé pour que «toute l’Europe» soit unie «en soutien aux forces démocratiques». Bruxelles emboîte le pas à la déclaration de guerre, du 4 janvier, faite par le groupe de Lima (Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Mexique, Panama, Paraguay, Pérou), qui, réuni dans la capitale péruvienne, a annoncé qu’il ne reconnaîtra pas le nouveau mandat de Nicolas Maduro, dont l’investiture a eu lieu le 10 janvier.
Interventionnisme de Washington
Trois formations de l’opposition ont pourtant concouru au scrutin, au cours duquel 46,07 % des électeurs se sont prononcés. Cette faible participation, qui n’est pas étrangère non plus à l’exaspération populaire consécutive à une économie en crise et à une hyperinflation horrifiante, justifie-t-elle pour autant de renverser Nicolas Maduro, qui a obtenu plus de 60 % des voix ? La diplomatie semble se prendre les pieds dans la stratégie interventionniste de Washington. Depuis 1999, date de l’accession d’Hugo Chavez au pouvoir Washington a multiplié les entreprises de déstabilisation du Venezuela. Mercredi, la tension a touché un sommet. Le président élu Nicolas Maduro a ordonné aux diplomates américains de quitter le sol vénézuélien.
Réponse : «Les États-Unis ne reconnaissent pas le régime de Maduro et ne considèrent pas qu’il a l’autorité légale pour rompre les relations diplomatiques.» Le département d’État entend gérer leurs relations «par le biais du gouvernement du président par intérim Guaido». Le scénario d’un pays régit par un gouvernement à deux têtes, semblait en marche. Mais la réaction de l’armée vénézuélienne est venue apporter un soutien crucial à Maduro. «Jamais nous ne trahirons la volonté du peuple. Nous ratifions notre absolue loyauté à la Constitution et à notre commandant en chef, Nicolas Maduro», a assuré le commandant de l’armée bolivarienne, Jesus Suarez Chourio. En plus de la Chine, le président vénézuélien a reçu le soutien régional de la Bolivie, du Nicaragua, de Cuba, de l’Uruguay, ainsi que du Mexique, qui avait déjà refusé de signer la déclaration commune du groupe de Lima «au nom de la non-ingérence dans les affaires internes d’un pays tiers».<