Le phénomène de transfert illicite de la devise vers la Tunisie a connu une accélération au cours de ce mois de janvier. En une semaine, les services tunisiens de sécurité ont arrêté quatre Algériens en possession d’importantes sommes d’argent en dollars américains.
Le 20 janvier, la brigade chargée de la fouille des voyageurs, relevant du poste frontalier de Maloula, à Tabarka en Tunisie, a saisi 740 000 dollars dissimulés dans la voiture d’un trentenaire algérien, rapporte Mosaïque FM. Selon les premiers éléments de l’enquête révélés par la même source, le suspect avait l’intention de les vendre au marché noir, profitant ainsi de la dépréciation du dinar tunisien (DT). Il a été placé en garde à vue pour contrebande et trafic de devises après autorisation du ministère public. Le lendemain, les agents de la douane tunisienne ont arrêté au poste frontalier de Melloula, à Tabarka (Jendouba), trois Algériens en possession d’une importante somme d’argent en devises. Les 3 individus, qui venaient d’Algérie, avaient dissimulé dans diverses cachettes aménagées dans leur voiture la somme de 801 000 dollars américains. Les suspects, qui voulaient écouler cette somme sur le marché parallèle des devises en Tunisie pour profiter de la baisse du dinar tunisien, ont été placés en garde à vue et l’affaire confiée à la direction des enquêtes douanières, indique le site d’information Kapitalist. Le ministère public a également ordonné la saisie du véhicule immatriculé en Algérie, précise le site. Il faut rappeler que le 1er août dernier, les Douanes algériennes avaient saisi deux millions d’euros au poste frontalier avec la Tunisie, Betita, dans la wilaya de Tébessa.

Les raisons du phénomène
La multiplication des tentatives de faire sortir de la devise de manière illégale vers la Tunisie voisine s’explique par trois phénomènes. Le premier concerne l’effondrement de la valeur du dinar tunisien devant le dollar et l’euro.
Un effondrement qui s’est accéléré en 2018 provoquant une forte demande sur les monnaies américaine et européenne sur le marché parallèle. Voulant profiter de cette donne, des Algériens se sont lancés dans le transfert de la devise vers ce pays, dans l’espoir de profiter des marges. Le deuxième phénomène est lié aux mesures prises par le gouvernement algérien pour limiter l’importation de certains produits.
Des réseaux contrebandiers transfèrent de la devise en Tunisie pour acheter des marchandises interdites d’importation, comme les chocolats et quelques médicaments, qu’ils vont acheminer par la suite illégalement vers l’Algérie. Le dernier élément a trait aux facilités qu’accordent certaines banques tunisiennes pour le transfert de devises vers les pays du Golfe. Cette voie est utilisée généralement par les détenteurs de grands capitaux.
La facilité que trouvent les détenteurs de capitaux douteux en Tunisie a été soulignée par l’Union européenne en décembre 2017, dans un rapport sur les paradis fiscaux. La Tunisie figure parmi les 17 paradis fiscaux recensés par l’EU.