Sans aucune banderole, ni pancarte, des dizaines d’artistes, producteurs ainsi que des techniciens de l’audiovisuel et du cinéma ont tenu, jeudi soir, un rassemblement devant le siège de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), à Alger-Centre. Ces professionnels s’y sont regroupés en hommage à la mémoire de Youcef Goucem décédé à la suite d’un arrêt cardiaque alors qu’il se trouvait au service des « grands brûlés » de l’hôpital de Douéra.

Le disparu qui a été inhumé hier à Larbaâ Nath-Irathen a tenté, on s’en souvient, de s’immoler le 7 janvier dernier devant le siège de la chaîne de télévision privée Dzaïr TV, qui appartient à l’homme d’affaires Ali Haddad. Avant le drame, il s’y était présenté pour réclamer ses droits en tant que producteur d’émissions qu’il avait vendues à la chaîne. Son geste désespéré avait suscité une polémique qui risque de rebondir à nouveau avec de nombreuses et sérieuses interrogations sur le fonctionnement actuel des chaînes de télévision privées, comme semble l’indiquer le communiqué publié hier par l’Arav en réaction du sit-in de jeudi.
Durant cette journée, aux alentours de 21 heures, la nouvelle du décès de Youcef Goucem, qui a circulé comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, a sonné la mobilisation. Des réalisateurs, des producteurs, des comédiens, des artistes ainsi que des anonymes se sont regroupés devant le siège du gendarme de l’audiovisuel. En haut de la rue Didouche Mourad, ils ont allumé des bougies en hommage à leur confrère et ami disparu. Certains ont profité de ce moment de recueillement pour « dénoncer » les conditions dans lesquelles les professionnels du secteur travaillent ainsi que la « passivité » des pouvoirs publics devant les « dépassements » des chaines privées.
Cette veillée est un hommage à un professionnel qui a eu un « geste de détresse et de désarroi » après avoir
« épuisé tous les recours pour défendre et récupérer ses droits », ont témoigné des participants au rassemblement nocturne. Son drame, ont-ils ajouté, a conduit « de nous pousser à nous élever et d’aller vers des initiatives de rassemblement, de reconquête de nos espaces de parole et de créativité, d’exercice de nos droits et de préservation de nos acquis ».
Appel à des initiatives pour organiser la profession
La prise de parole des participants a laissé entrevoir un sentiment de désarroi devant ce qu’un membre du collectif de solidarité avec feu Youcef Goucem a décrit comme une « situation chaotique du secteur de l’audiovisuel, qui fonctionne sans règles ni normes ». Parmi les présents, le cinéaste Bachir Derrais qui a indiqué que le « marasme concerne la culture en général dans notre pays. Il a, de nouveau, dénoncé la « censure » de son film Larbi Ben M’hidi, un long métrage suspendu à des négociations entre le réalisateur, M. Derrais, et les ministères des Moudjahidines et de la Culture, principales sources de financement du film sur le héros de la guerre d’indépendance.
L’intellectuel et homme des médias, Fodil Boumala, également présent au rassemblement, dira que « la culture n’est pas la priorité du pouvoir », soulignant qu’« on est devant une alliance satanique qui se trouve entre un pouvoir inculte et une puissance parallèle de l’argent qui ne reconnaît pas la culture ». « Il ne faut pas revivre ce qu’on a vécu avec Youcef Goucem, car c’est indécent pour nous », a ajouté un membre du collectif de solidarité, appelant à une mobilisation de tous les médias et les artistes afin de faire de cette affaire la priorité du moment. Le rassemblement nocturne d’avant-hier jeudi devant le siège de l’Arav précède la rencontre que le collectif de solidarité compte tenir aujourd’hui pour tenter d’organiser les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel pour une meilleure défense de leurs intérêts.
Il s’agit également, pour eux, d’alerter les pouvoirs publics sur une situation qu’ils jugent « difficile » voire
« préoccupante » en ce qui concerne les droits de la profession. Et la relation entre les producteurs privés et les télévisions privées.<