La petite localité de Baiou, commune d’Oued Tagga,  dans une atmosphère hivernale où les hauteurs des monts alentours sont couverts de neige,  a été attristée  par  la nouvelle du décès, mardi dernier,  de celle que  tout le monde appelait affectueusement «Nena Noua»,  une octogénaire de la région,  affaiblie et malade depuis un long moment. Cette dame se distinguait par le fait de continuer à vivre à l’ancienne et son attachement aux us et coutumes chaouis.

L’octogénaire était aussi surnommé « Nouaa isghar » (Noua la porteuse de rameaux) car selon les habitants de la localité, la défunte et jusqu’à son décès s’est toujours chauffée au feu de bois. Selon son bon sens paysan, le gaz est dangereux et sa chaleur  inefficace contre le froid des hautes montagnes chaouies,   sans parler du risque de mourir durant le sommeil. La dame avait aussi de son vivant  une opinion sur tout et se méfier des gadgets  modernes. Elle avait refusé de quitter son ancienne maison en pierre et terre et continuait à l’entretenir. Tous les habitants et surtout les anciens, l’ont accompagnés à sa dernière demeure,  se remémorant son fort caractère et ses éternelles chamailleries avec les gardes forestiers qui l’empêchaient  de s’approvisionner en bois de forêt.  Mais en réalité, nous dit-on,  avec une pointe d’humour, les forestiers la laissaient faire, car elle en avait besoin et ne prenait jamais du bois vert. Son enterrement était un véritable moment de tristesse mais beaucoup ne pouvaient s’empêcher de raconter ses anecdotes et ses prises de becs avec les voisins ou des personnes qui dérangeaient sa quiétude.  Elle s’exprimait exclusivement en chaoui et l’une de ses hantises, c’est d’aller chez le médecin, car il lui posait des questions en arabe et elle ne savait pas répondre. A cause de cela, elle exigeait d’aller à Arris, pour consulter des docteurs qui s’expriment dans sa langue maternelle. Pour l’anecdote, l’une des rares fois où l’épicier a vu Nena Noua vraiment  rire de bon cœur, c’était lorsqu’il l’avait informé qu’il avait du couscous près à la consommation et n’avait pas besoin d’être roulé!