Salim Aggar, nouvellement installé à la tête de la Cinémathèque algérienne, a été, avant-hier l’invité de l’émission Sejilat wa manaà de la radio nationale, où il s’est penché sur les grands défis qui l’attendent dans son nouveau poste, à savoir la sauvegarde des archives cinématographiques qui dépassent, selon lui, dix mille films étrangers et qui font que la cinémathèque est classée deuxième dans le monde.
Plus de 10 000 films de plus 53 pays sont actuellement au Centre algérien de la cinématographie (CAC), qui était intégré à la Cinémathèque algérienne avant son arrivée, dira-t-il. «Je ne savais pas qu’il s’appelait le Centre algérien de la cinématographie et ce n’est pas par manque de communication, ce lieu n’a aucun site internet», dira Salim Aggar. Il ajoutera, qu’il a été «surpris d’apprendre que nous avons plus 10 000 films de plus de 53 pays étrangers, hormis l’Algérie, des films rares de pays étrangers introuvables même dans leur propre pays.» La Cinémathèque algérienne est la deuxième cinémathèque dans le monde en termes d’archives et de banque de données, «mais il faut savoir que son rôle va au-delà, car il y a aussi les affiches», précisera l’orateur.
Salim Aggar a cependant souligné l’état lamentable des archives filmiques en soulignant qu’elles «sont dans un état catastrophique. Il y a des personnes qui sont restées plus de vingt ans dans cette cinémathèque et qui n’ont rien fait pour préserver ces bobines». Il enchaîne en insistant sur une nécessaire prise en charge de ce patrimoine, estimant que «l’on doit sauvegarder, restaurer et numériser ces archives qui sont un trésor pour l’Algérie. Les bobines qui peuvent être sauvées, nous les avons déjà déplacées à la Bibliothèque nationale». Il ajoutera que «l’usure du temps a abîmé certaines bobines. Nous avons souhaité organiser un cycle de Faten Hamama, pour le quatrième anniversaire de sa disparition. Sur les sept films que la Cinémathèque possède, deux bobines se sont abîmées et nous avons pu en récupérer une, en attendant la restauration de ce qui a été abîmé. C’est un travail de longue haleine qui demande beaucoup de moyens, de temps et de patience». «Notre premier rôle est la préservation de ces archives. Nous disposons d’un étage complet d’archives et nous n’avons que deux restaurateurs de bobines. Certaines de ces bobines sont usées et cassées et nous ne pouvons pas les utiliser. Il faut un entretien suivi et les nettoyer plus souvent pour ne pas les perdre», précise-t-il.
L’intervenant affirmera, par ailleurs : «A mon arrivée à la tête de la Cinémathèque, je me suis intéressé d’abord à la Cinémathèque d’Alger-centre, car le public a déserté la salle. J’ai d’emblée décidé, alors, d’instaurer une nouvelle programmation. Avant on proposait seulement deux séances par jour, ce qui est anormal. J’ai décidé de porter cette programmation à quatre séances par jour afin d’attirer un plus grand nombre de public et augmenter les recettes. Selon le règlement de la Cinémathèque, s’il y a seulement deux personnes dans la salle, la projection est annulée. Je ne suis pas d’accord avec cela et j’ai décidé qu’il suffit d’une seule personne pour faire la projection. Ces changements ont été bénéfiques car le public commence à revenir et à fréquenter les lieux».
Dans ce sillage, le nouveau directeur de la Cinémathèque annoncera sa stratégie pour réconcilier le public avec le septième art : «Nous avons programmé trois séances de 13 heures à 16 heures 30. Nous projetons un film algérien, un film occidental et un film oriental, qu’il soit arabe ou hindou. Avant, nous n’avions que deux séances et à des heures qui n’arrangeaient pas le public.» Selon lui, «les techniques du cinéma ont évolué, nous ne sommes plus dans le 35 millimètres, ou par vidéo, mais dans l’ère de la projection numérique ou ce que l’on appelle le DCP, ce que nous n’avons pas à la Cinémathèque d’Alger, nous sommes très en retard. Pourtant, nous disposons de trois DCP à Béjaïa, Annaba et Oran. Il faut savoir que ces projecteurs numériques sont une initiative des wilayas pour la réussite des festivals qui sont abrités sur leur territoire administratif».
A propos du parc cinématographique dont dispose la Cinémathèque algérienne, Salim Aggar dira que l’Algérie dispose de dix cinémathèques, en soulignant que «c’est la première entreprise cinématographique qui dispose d’autant de salles». L’intervenant citera en exemple la Cinémathèque de Tizi Ouzou qui connaît une grande influence du public, en estimant que «nous avons des salles et les capacités de les promouvoir, nous manquons juste d’équipement. Nous sommes en train de régler ce problème, la Cinémathèque d’Alger aura son DCP prochainement». Il confie également que «nous sommes membres de la Fédération internationale des archives de films (Fiaf) et nous avons un marché avec eux. On leur donne les films à condition qu’ils nous fassent une copie numérique. La Cinémathèque de Bologne, en Italie, nous a demandé des films de Buster Keaton entre 1919 et 1923, nous avons trouvé 6 bobines de films datant entre 1923 et 1928 qui sont en 16 millimètres et en très bon état. Ce qui les a étonné, car eux-mêmes ne les ont pas».

Prise en charge  de la formation
Concernant le volet de formation, M. Aggar dira qu’elle a toujours existé. «Nous sommes dans un cadre de partenariat avec les organisations membres de la Fiaf et avec l’Institut national des archives français. Récemment, j’ai supervisé le recrutement d’un archiviste avec deux membres du ministère spécialisé dans le domaine.
Nous nous sommes rendus compte que la majorité des postulants qui se sont présentés ne sont jamais rentrés dans une salle de cinéma. Ils n’ont aucune idée de comment on archive un film, car ils ont été formés à archiver des livres. Nous avons finalement recruté une archiviste qui a l’avantage d’avoir travaillé à l’Institut des archives, donc elle a l’expérience du terrain».
Il ajoutera : «Nous avons en tout plus de 70 employés. Nous n’avons pas d’opérateur de salle car cette formation n’existe pas. Nous recrutons des gardiens de salle pour ensuite les former afin d’endosser ce rôle». Quant à la polémique dénonçant sa nomination à la tête de la Cinémathèque algérienne, Salim Aggar dira : «Cette pétition m’a permis de voir qui sont mes amis et qui sont mes ennemis.
Cette campagne contre moi a commencé par dix personnes. Parmi lesquels Malek Bensmaïl, Adila Bendimred et Damien Ounouri dont j’avais critiqué leurs films.»n