Après les honneurs rendus, il y a une année, au chanteur poète Lounis Aït Menguellet, qui reçut le diplôme Honoris Causa, et en consacrant un colloque à son œuvre poétique et artistique, l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou vient de se signaler par un geste fort et chargé de symboles.

par S. Oularbi et Hossem A. M.
L’autre icône de la chanson kabyle, Matoub Lounès, surnommé le poète rebelle et iconoclaste, vient d’être honoré à son tour par l’élite UMMTO en revisitant son œuvre poétique et musicale dans un colloque de deux jours qui a débuté, hier, en présence des autorités de la wilaya de Tizi Ouzou et de nombreux artistes et invités. Le prix de la mémoire distinguant, à titre posthume, celui qu’un auteur surnomme « Le barde flingué » a été remis à sa sœur. Un geste honorifique qui salue le parcours artistique, poétique, son apport et politique de Matoub Lounès et son engagement pour l’amazighité, la démocratie et les droits de l’Homme, selon le Dr Imarazene, chef du département de langue et littérature amazighes de l’UMMTO et organisateurs du colloque.
« L’œuvre artistique et littéraire de Matoub Lounès fait l’objet d’une attention particulière de la part de la communauté intellectuelle et universitaire. Une œuvre pour laquelle l’université Mouloud-Mammeri accorde une importance capitale. Son œuvre métrite d’être consacrée dans la mémoire collective », a affirmé Ahmed Tessa, recteur de l’UMMTO.
« Ses textes ont été interprétés et textualités et constituent une des matières premières à bien des recherches scientifiques. Ce qui prouve la richesse de son patrimoine », ajoutera le Pr Ahmed Tessa. Donnant un avis scientifique sur l’héritage artistique et poétique de Matoub, Saïd Chemakh, spécialiste en linguistique amazighe et enseignant au niveau du département de langue et culture amazighes, parlera de l’intérêt scientifique que suscite l’œuvre poétique de l’auteur de l’hommage au président assassiné, Mohamed Boudiaf, en rappelant que ses poèmes et ses chansons ont servi de corpus pour des dizaines de travaux de mémoires de fin d’étude tous grades confondus (licence, master et doctorat). Ces études ont été effectuées, ajoute-t-il, non seulement par le département de tamazight, mais aussi par celui de psychologie, français et même d’arabe, qui ont mené des études sémiotiques des textes du Rebelle. Saluant la mémoire et le combat de ce dernier, le wali de Tizi Ouzou aura ces mots : « Le défunt a aussi marqué les esprits par le combat qu’il a mené, avec conviction, pour la défense de la langue et de la culture amazighe. Nous sommes heureux d’assister à l’aboutissement de ce combat avec l’officialisation de la langue amazighe, l’inscription de la journée de Yennayer au calendrier officiel des fêtes nationales et la création de l’Académie de la langue amazighe dont la composition vient d’être annoncée.» Le wali annonce qu’«en signe de reconnaissance de la valeur de Lounès Matoub, le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a approuvé le projet de réalisation d’un musée au village natal de Lounès, destiné à préserver sa mémoire et son héritage artistique et culturel. Une enveloppe financière a été consacrée sur les deniers de l’Etat à ce projet qui sera lancé prochainement ». Le même responsable précisera que « l’œuvre musicale de Lounès Matoub sera reprise par l’orchestre symphonique pour le patrimoine musical amazigh que les services du ministère de la Culture s’apprêtent à mettre sur pied ».
De son côté, la sœur du chanteur et présidente de la fondation qui porte son nom fera part de la décision prise par la structure qu’elle préside d’attribuer une bourse d’études aux étudiants désirant travailler sur les œuvres de Lounès, et ce, en collaboration avec le Comité scientifique de l’Ummto qui établira les modalités d’application pour cette bourse. La présidente de la fondation Matoub-Lounès n’a pas manqué d’insister sur l’importance de l’héritage symbolique, musical et poétique de Lounès Matoub qu’il convient de préserver de façon impérative.
Sur l’aspect académique, on signalera la qualité des travaux et des communications qui ont abordé l’œuvre poétique et musicale du chanteur assassiné en analysant leurs portées littéraires et linguistiques, soulignant la richesse sémantique, rhétorique et esthétique de ces poèmes. Le travail sur la langue et son apport à l’enrichissement de celle-ci et son innovation dans le domaine musical -notamment l’originalité de son interprétation de certains standards du patrimoine musical chaabi algérien, sont des axes qui ont été largement débattus.