Le ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables veut intégrer les chiffonniers dans l’activité du tri sélectif des déchets, pour profiter de leur expérience, et ce à travers l’élaboration d’un décret, actuellement en cours d’étude au niveau de l’Agence nationale des déchets (AND).
En Algérie, des milliers de récupérateurs «informels» sillonnent les rues pour récupérer du plastique et de la ferraille. Une activité économique qui peut être génératrice de revenus à condition d’intégrer de manière formelle ces «petites mains» dans la chaîne de récupération. Ce à quoi s’emploie le ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables grâce à un décret actuellement en cours d’élaboration au niveau de ce département. «Perçu comme un obstacle devant l’organisation de la récupération des déchets pour les uns ou comme de potentiels alliés pour d’autres, le problème que posent les chiffonniers sera réglé grâce à ce décret, en stade de maturation, au niveau du ministère de tutelle», a indiqué, avant-hier, le directeur de l’AND, Karim Ouamane. Les chiffonniers, qui sont nombreux autour des Centres d’enfouissement technique (CET) et qui sillonnent également les quartiers pour vider les poubelles de leurs déchets valorisables ne font pas l’unanimité auprès des acteurs intervenant dans la gestion des déchets ménagers.
Chiffonniers… un maillon important dans le tri
Au niveau de l’ONG internationale R20, basée à Oran, qui a initié une opération-pilote de tri sélectif au niveau de trois quartiers oranais, on considère que les chiffonniers peuvent être de véritables alliés dans cette démarche d’organisation de la valorisation des déchets. «Même s’ils sont à l’origine d’un certain nombre de problèmes, les chiffonniers participent à la récupération de quantités importantes de déchets recyclables », estime la chargée de la formation au niveau de l’ONG R20, Zhor Breksi Reguig. Pourtant, ces mêmes chiffonniers ont été l’un des obstacles principaux pour la réussite du projet que cette ONG a initié.
Pour sa part, Dalila Chellal, directrice de l’Epic CET Oran, qui gère les centres d’enfouissement de la wilaya, et qui a été chargée de la récupération des déchets au niveau des trois quartiers du projet-pilote du tri sélectif, estime que «les chiffonniers font de la concurrence déloyale en récupérant les déchets recyclables». En tant que directrice de l’Epic CET, elle rencontre un certain nombre de problèmes avec les chiffonniers qui, habitués à «se servir» en déchets valorisables, résistent aux tentatives d’organisation dans le secteur.
Plusieurs initiatives ont été prises à Oran par les autorités locales pour organiser ce secteur jusque-là exploité dans l’informel, comme la création de centres de tri de proximité et la récupération des déchets valorisables au niveau des CET par les autorités ou des recycleurs agréés, explique Dalila Chellal.

Des «petites mains» qui résistent…
Les données sur les gains générés par la récupération informelle des déchets sont inexistantes et l’organisation de ce secteur, ayant longtemps échappé au fisc, se heurte aux pressions des chiffonniers qui n’acceptent pas la nouvelle situation, explique la directrice du l’Epic CET Oran
«Au centre de tri de proximité de M’dina J’dida, pas loin de la plus grande zone commerçante d’Oran, où des tonnes de carton sont récupérées chaque jour, nos agents font souvent l’objet d’intimidations et même d’agressions de la part des chiffonniers», a fait savoir la responsable. «Au CET de Hassi Bounif, dans une tentative de faire pression sur ses responsables, qui leur ont fermé la porte, les chiffonniers ont déclenché un incendie qui a failli tourner à la catastrophe», affirme-t-elle.
Corroborée par les images des caméras de surveillance et des témoignages, l’implication des chiffonniers avec la complicité de certains agents a été prouvée. Le dossier a été transféré par la gendarmerie au procureur de la République, ajoute-t-on de même source. «Il a fallu toute une nuit pour maîtriser l’incendie, dont les conséquences auraient été très graves s’il avait atteint le casier où sont enfouis les déchets chargés de biogaz, extrêmement inflammables», souligne Mme Chellal.
Pour leur part, les chiffonniers se plaignent de cette situation, qualifiant d’«injustes» la décision de les «priver même des ordures». Adda, un père de famille de 36 ans, dira que s’il fait les poubelles pour récupérer les déchets, c’est qu’il n’a pas d’autre choix». Une attitude «tout à fait compréhensible» pour les autorités qui ne demandent aux chiffonniers que de s’organiser en petites entreprises pour continuer à exercer cette activité, explique encore Mme Dalila Chellal, pour qui le décret pour les intégrer dans la chaîne de récupération dans un cadre institutionnel est la bienvenue.