Une attaque revendiquée par les talibans contre une base des services de renseignement afghans a tué avant-hier lundi au moins 65 personnes, majoritairement des recrues en formation, portant un nouveau coup dur à des forces de sécurité afghanes déjà confrontées à de lourdes pertes. Le bilan de l’attaque a été communiqué dans une grande confusion. Alors que Kaboul est réputé pour minimiser les revers subis par ses troupes, au nombre de victimes «insoutenable» selon des experts, l’attaque de lundi menace de miner encore un peu plus leur moral déjà en berne. Le jour de l’attaque, les autorités provinciales avaient initialement fait état de 12 morts et 20 blessés. Mardi, en fin de journée, les services de renseignement afghans ont annoncé un bilan officiel de 36 morts et 58 blessés «Nous avons sorti 65 corps des décombres», a cependant déclaré mardi à l’AFP Mohammad Sardar Bakhyari, adjoint du chef du conseil provincial de Wardak.    Une source sécuritaire de haut rang, qui souhaite rester anonyme, a pour sa part confié à l’AFP que l’attaque avait fait «au moins 70 morts». D’autres médias rapportent que plus de 100 personnes ont été tuées.   Un véhicule militaire Humvee, volé et «rempli d’explosifs», a d’abord explosé à l’entrée du centre de formation des services de renseignement à Maidan Shar, chef-lieu de la province de Wardak, à 50 kilomètres au sud de la capitale. «Puis trois hommes dans un véhicule qui suivait le Humvee sont entrés dans le camp», a détaillé Abdul Wahid Akbarzai, membre du Conseil provincial. Un échange de tirs s’est engagé et les trois assaillants ont rapidement été tués. Mais la majorité des décès est survenue «lorsqu’un bâtiment s’est en partie effondré après la forte explosion», a indiqué le chef du Conseil provincial Akhtar Mohammad Tahiri, précisant que les assaillants portaient des uniformes des services de renseignement.   Les talibans ont immédiatement revendiqué l’attaque via la messagerie WhatsApp. Fin 2018, le président afghan Ashraf Ghani avait dévoilé que 30.000 soldats avaient été tués depuis le début de l’année 2015, quand les forces afghanes ont pris le relais des troupes de combat de l’Otan dirigées par les Etats-Unis. Le patron de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, s’était déclaré en décembre «préoccupé» par le nombre élevé de victimes au sein des forces de sécurité afghanes. Les Etats-Unis forment, avec 14.000 hommes, le plus gros contingent des forces de l’Otan présentes en Afghanistan. Mais fin décembre le président américain Donald Trump, perdant patience face à cet interminable conflit, a annoncé son intention de retirer la moitié de ses troupes. Cette dernière attaque au véhicule piégé, après celle ayant tué dimanche sept gardes du corps d’un gouverneur provincial, survient alors que l’envoyé spécial américain pour la paix, Zalmay Khalilzad, effectue une tournée régionale qui l’a amené en Chine, en Inde, en Afghanistan et au Pakistan. Les talibans ont par ailleurs annoncé lundi avoir rencontré des représentants américains au Qatar, où ils possèdent un bureau politique. Les discussions devaient se poursuivre mardi, ont-ils ajouté. Washington n’a pas confirmé à ce stade cette entrevue. La dernière rencontre confirmée entre les deux parties s’était tenue à Abou Dhabi fin 2018.  Hier  Mardi à Davos, le chef de l’exécutif afghan, Abdullah Abdullah, a estimé lors d’une table ronde sur l’Afghanistan que «le principal obstacle aux pourparlers est le refus des talibans de discuter avec Kaboul» et répété que son gouvernement «est prêt à des discussions sans conditions préalables».