Au lendemain du forum sur l’émigration clandestine dite communément la «harga», initié par le ministère de l’Intérieur, le directeur de recherche au sein du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), Mohamed Saïb Musette, est revenu sur le sujet, en abordant d’autres thématiques du phénomène.

Intervenant sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, Mohamed Saïb Musette, directeur de recherche au Cread, a indiqué que «l’organisation de cette rencontre traduit, pour la première fois, la volonté de l’Etat de prendre à bras-le- corps ce problème autour duquel experts, gouvernement et société civile se sont réunis».
Selon lui, «le phénomène ne concerne pas que les jeunes, mais également des familles» qui prennent le risque de partir. Il explique que ceux qui veulent quitter le pays proviennent de toutes les catégories sociales et tranches d’âges, des deux sexes, et des universitaires parfois. Pour lui, l’émigration des personnes hautement qualifiées, surtout quand celle-ci est massive, constitue l’autre «hémorragie de ce phénomène».
Poursuivant son intervention radiophonique, l’interlocuteur relève qu’aucune recherche n’a jamais été entreprise pour tenter de connaître les raisons motivant des personnes à s’exiler, quitte pour cela à mettre leur vie en grand danger. Parmi les instruments qui contribueraient à connaître les raisons à l’origine, parfois, de drames humains, l’invité de la Radio estime qu’il faudrait préalablement élaborer un diagnostic qui pourrait servir de base à un plan d’action national. «La première des choses, pour moi, serait de faire un diagnostic stratégique du phénomène dans toutes ses dimensions. Une fois fait, on peut sortir avec un plan d’action puis une stratégie de communication», a-t-il préconisé.

Que devient le projet de création du conseil supérieur de  la jeunesse ?
La création d’un Conseil supérieur de la jeunesse, annoncée par le président de la République, en 2016, à l’occasion, du 54e anniversaire de l’Indépendance et publié dans le Journal Officiel d’avril 2017, tarde à voir le jour. Pourtant, tout a été fixé dans le décret exécutif présidentiel d’avril 2017 : la composition, l’organisation et son fonctionnement. Le texte stipule que «siègeront au sein du Conseil, 172 membres, dont 96 jeunes issus des 48 wilayas avec une parité entre femmes et hommes».
Mohamed Saïb Musette dira qu’il «faudrait une vraie politique de la jeunesse», censée formuler des avis et des recommandations au sujet des questions relatives aux besoins de la jeunesse, ainsi qu’à son épanouissement dans les domaines économique, social, culturel et sportif, et surtout «dynamiser les secteurs de la culture et la jeunesse». Il s’avère que les discours politiques vantant l’importance de cette frange écrasante de la société algérienne, sont aux antipodes de la réalité et de ce qui est fait sur le terrain. Il a également estimé urgent la création d’un système d’information et de statistiques et la mise en place d’une instance intersectorielle légère dédiée à l’analyse.

Le trafic de migrants estimé  à 7 000 milliards
Le «business» des passeurs a rapporté, ces dernières années, pas moins de 7 000 milliards de dinars rien qu’en Europe. Selon l’intervenant, des millions de migrants ont transité entre les mains des passeurs. Si l’évaluation du gain que rapporte une activité criminelle est difficile, l’argent extorqué par les passeurs, lui, vient directement des migrants. Le tarif varie selon le voyage, la distance, les moyens de transport, les frontières à traverser, la production de faux papiers. Pour lui, il existe trois genres de réseaux : le premier est autonome, ils sont quelques jeunes qui décident entre eux et trouvent un passeur, le deuxième est semi-professionnel et le troisième est professionnel, où ces haraga trouvent des faux papiers et des logeurs de l’autre côté de la rive.
Pour Saïb Musette, il est encore temps de revenir sur ces politiques mais, souligne-t-il, en les mettant en phase avec les réalités et l’évolution de la société algérienne. «Nous ne pouvons, déclare-t-il, continuer avec les mêmes stratégies adoptées il y a dix ans de cela.»
Ce dernier a rappelé que le phénomène des haraga n’est pas nouveau : «Depuis les années 2000, on compte nos morts et on compte les disparus. On savait, déjà dans les années 2000 que les réseaux s’activaient. Les études effectuées démontrent qu’on savait pertinemment qu’il y avait des disparus et des morts.»