C’était le 2 février 2018 lors de la Coupe du monde d’escrime à Alger, un mauvais appui, le genou qui craque. Le diagnostic est tombé : rupture du ligament antérieur (LCA) du genou gauche pour Anissa Khelfaoui. La suite est un dur rituel pour l’escrimeuse Dz obligée de passer sur le billard. S’en suivent de la rééducation, des doutes et – finalement – le bout du tunnel pour la fleurettiste aux trois participations de rang lors des dernières éditions des Jeux Olympiques. De retour avec l’EN, «Noussa» (comme son entourage aime l’appeler), nous a accordé cet entretien. Elle nous parle de ce qu’elle a pu traverser depuis cette blessure qui est derrière elle. Désormais, Khelfaoui est tournée vers l’avenir.

Reporters : Après une longue période d’absence à cause d’une blessure au genou, vous allez retrouver l’équipe nationale à l’occasion de la Coupe du Mmonde de Saint-Maur à Paris (France) du 25 au 27 janvier. On suppose que ce retour vous fait du bien sur le plan psychologique…
Anissa Khelfaoui : C’est clair ! J’ai travaillé très dur depuis mon opération subie le 23 mars 2018. C’était une longue route. Je dois reconnaître que juste l’idée de pouvoir retrouver les pistes internationales me rapporte de la joie compte tenu de la période délicate que je viens de traverser.

Vous attendiez-vous à ce qu’on vous rappelle aussi rapidement ?

Pour être honnête, non. La Fédération (FAE) m’a convoquée  afin de tirer pour la Coupe du monde d’Alger en novembre 2018. Je devais passer un test Biodex à la mi-octobre et remettre les résultats à mon chirurgien. C’est lui qui devait me donner le feu vert pour un retour en compétition. Malheureusement, une faiblesse au niveau de l’ischio-jambier gauche (un muscle important pour protéger le LCA) a retardé mon retour. J’avais deux mois supplémentaires de rééducation à faire. Cela m’avait beaucoup déçue de rater la compétition. Je ne peux cacher ma joie que la Fédération me redonne l’opportunité de reprendre tranquillement. Bien entendu, il s’agit d’une Coupe du monde, mais cela me permettra de me situer un peu et voir ce dont j’ai besoin de travailler et dans quelle direction aller.

On va parler d’un truc moins réjouissant. Vous vous êtes rompue le ligament croisé antérieur (LCA) du genou gauche lors de la Coupe du Monde d’Alger en 2018. Quelle a été votre réaction  
en apprenant la gravité de la blessure ?
J’ai eu un ascenseur émotionnel. Je me rappelle du premier examen. Le médecin disait que cela ne semblait pas trop grave, alors j’étais rassurée. En fait, on pensait à une légère entorse. En revenant à Montréal, mon genou ne dégonflait pas malgré l’immobilisation et le glaçage constant. Alors ma sœur m’a accompagnée à l’hôpital. Après quelques examens, le médecin disait sentir de la laxité au niveau de mon genou lors du test tiroir et m’a recommandé de passer une IRM. Une semaine plus tard, j’étais fixée : rupture du LCA. J’ai compris que je devais me faire opérer.

On sait que vous êtes jeune. Vous avez 27 ans mais avez-vous pensé au pire à ce moment là ?

Non pas vraiment. Je suis la troisième de ma famille à avoir eu recours à une reconstruction du LCA. Cependant, dans mon cas il s’agit du genou gauche, mon point d’appui à l’escrime et la jambe de propulsion pour les attaques. Je savais par contre à quel point la rééducation sera longue et j’avais un peu peur de ne pas retrouver mes sensations. Penser au pire ? Non. C’est à ce moment qu’on décide de mener le combat ou trouver des excuses et fataliser comme vous dites. J’ai choisi d’accepter ma situation et le défi de tout reprendre à zéro.

On suppose que la période où vous étiez obligée de ranger votre fleuret était un peu dure. Que faisait Khelfaoui durant sa convalescence ?

Un peu avant l’opération, je faisais beaucoup de renforcement pour faciliter la rééducation. Après l’opération (le premier mois), j’avais beaucoup de défis à relever. Je suis étudiante en kinésiologie à l’université du Québec (Montréal) et nos examens finaux de l’année débutaient aux alentours du 10 avril 2018, soit moins de 3 semaines après ma chirurgie. Je devais étudier pour préparer mes examens tout en étant présente à mes séances en physiothérapie que j’ai débutées
2 jours après l’opération. J’ai réussi à valider mon année. Je passais du temps avec mes amis et ma famille, j’ai repris le travail lorsque j’ai pu marcher sans béquilles, c’était le 27 avril. Cette période m’a permis d’estimer les petites belles choses de la vie que l’on prend pour acquises. J’ai repris les leçons d’escrime assises sur une chaise assez rapidement. Mais je me concentrais beaucoup plus sur la rééducation.

Moralement ça doit être difficile. Surtout qu’il s’agit d’une absence de longue durée où le moral peut être sapé. Quelle sont les personnes sur lesquelles vous avez pu compter pour dépasser cette épreuve ?

Ma famille était très présente pour moi. Les 2 premières semaines postopératoires, je vivais beaucoup de douleurs physiques et tranquillement cela se dissipait. Mes parents et ma sœur étaient aux petits soins. Mes amis me rendaient visite souvent afin de passer du temps avec moi.  Surtout que c’était la période d’hiver, la neige ce n’est pas ce qui manque ici à Montréal et il y avait des tempêtes. Il était difficile pour moi de sortir. Le lendemain de mon opération, j’ai reçu l’appel du président de la FAE qui voulait me rassurer. Il m’a assuré que la Fédération était derrière moi et dit de ne pas hésiter à les solliciter si besoin. Je ne pourrais me plaindre. J’étais bien entourée lors de cette épreuve. J’avais du soutien et c’est pour cela que je dis, c’est le genre d’épreuves qui nous rappellent de ne jamais prendre pour acquis les petits plaisirs de la vie, les petits gestes qui font sourire.

Reparlons de l’essentiel et la bonne nouvelle : votre retour en sélection. A un an et demi des Jeux Olympiques 2020 à Tokyo (Japon), l’idéal pour vous serait d’aligner une quatrième présence aux Olympiades après Pékin (2008) Londres (2012) et Rio (2016). En considérant votre classement actuel, ça ne sera pas facile. Croyez-vous pouvoir relever ce défi fou, voire quasi-impossible ?

Le défi n’est pas impossible. Je suis prête à tout donner pour y parvenir si l’on me donne les possibilités. Je sais qu’il s’agit d’un défi assez fou comme vous dites mais si l’on me lance la perche, je suis partante.

A Saint-Maur, vous allez représenter l’Algérie avec Sonia Zeboudj et Meriem Mebarki. Deux jeunes athlètes dont le potentiel est loué. Mais compte tenu de leur jeune âge, elles doivent emmagasiner de l’expérience. Pensez-vous pouvoir leur apporter une plus-value, vous qui connaissez parfaitement ce que le haut niveau requiert ?

Oui, bien sûr. Mais pour cela, nous avons besoin de nous regrouper un peu plus souvent. Par exemple, lorsque j’avais leur âge et même plus jeune, j’ai grandi avec les séniors de mon club. On s’entraînait ensemble. On s’accompagnait en compétition. J’ai appris à leur faire confiance et les écouter lorsqu’on me donnait conseil ou on m’enseignait quelque chose de nouveau. Je crois que c’est comme ça qu’un lien de confiance se crée et que les plus jeunes peuvent bénéficier de l‘expérience des autres.

On sait que vous n’avez été autorisée à reprendre la compétition que récemment. Quelles sont vos sensations sur le plan physique ? Surtout pour ce qui est des appuis qui sollicitent énormément le genou…

Je sens la progression d’une séance à l’autre. Je ne peux pas dire que je suis à 100% de mes capacités. Mes fentes -par exemple- ne sont pas encore comme avant, ce qui est normal. Mais je me déplace bien. Mes craintes se dissipent de plus en plus. J’ai participé à mon premier tournoi le 29 décembre 2018, soit, 11 jours après le feu vert du médecin. J’ai terminé 6e sur une quarantaine d’escrimeuses. Au début j’étais craintive et pas très sûre de moi. Ensuite, au fur et à mesure des matchs, je reprenais confiance et le plaisir de jouer sur piste. Me rendre en quart de finale était une victoire pour moi. Ça m’a redonné le goût de travailler encore plus dur. Grosso modo, je ne suis pas en possession totale de mes capacités mais je considère ma progression très positive.

Eprouvez-vous toujours  
autant de plaisir quand vous êtes sur le tapis ?
Oh oui, c’est ce que j’ai réalisé lors de la compétition aux États-Unis. J’ai adoré tirer et trouver des solutions à chacun de mes matchs. Il est vrai qu’avec la fatigue, parce que je travaille toujours ma condition physique, vers la fin cela rendait mon focus difficile. En tout cas, j’y travaille et ma passion pour l’escrime est intacte.

Peut-on revoir Anissa à son meilleur niveau et combien de temps vous faudra-t-il pour retrouver les capacités optimales ?

J’y crois alors c’est oui. Le temps est différent pour chaque personne, je ne saurais le dire mais je sais que je peux revenir. Et plus forte encore.
Il se pourrait que le regain de forme prenne du temps.

Ne craignez-vous pas qu’on ne soit pas trop patients avec vous du côté de la Direction technique nationale ?

Il faudrait leur poser la question. Mais je crois que les membres de notre Fédération sont des connaisseurs du sport, ils sont conscients de l’ampleur de ma blessure et la durée de mon arrêt ainsi que la rééducation qui a été nécessaire pour mon retour. Je pense que tout sera clair prochainement.

Qu’est-ce qu’Anissa a à dire à toutes les personnes qui croient en elle et celles qui douteraient de sa faculté à redevenir la fleurettiste qui avait atteint la 21e place du classement mondial en 2016-2017?

Le temps finira par nous le dire. Je pense que la vie nous réserve toujours de mauvaises comme de belles surprises. Après on doit faire des choix. J’ai toujours choisi de me battre et je vais le faire. Peu importe le temps et l’effort que cela nécessitera. Je suis prête. Un grand merci à ceux qui croient en moi. Je ne vous décevrai pas, du moins je ferais tout pour ce faire. Et vous pouvez continuer à me soutenir sur ma page Facebook.