La galerie Mohammed-Racim, à Alger-Centre, prolonge jusqu’à la fin de cette semaine l’exposition intitulée «Liberté de lumière» de l’artiste peintre Dalil Saci, qui devait se clôturer le 15 janvier.

Les visiteurs sont ainsi conviés à découvrir des œuvres fascinantes où Dalil Saci a réussi à ciseler la lumière l’introduisant scientifiquement dans ses tableaux de différents formats. Des paysages à couper le souffle dont des couchers de soleil, des marines et des sites du patrimoine algérien, conviant à l’émerveillement et à la contemplation. L’artiste nous confie que pour arriver à réaliser ces œuvres exceptionnelles, il s’est attelé à faire des recherches durant cinq années. En fait, cet artiste hors du commun est le premier Algérien à avoir initié l’art digital en tant qu’art à part entière et le hisser à un tel niveau. Un travail de recherche et de création qui, à ce jour, n’a pas été effectué par un autre artiste algérien. «J’ai pu approfondir mes recherches techniques de traitement de cette lumière pendant plus de cinq années, pour arriver à la défragmenter et la décomposer afin de faire ressortir les couleurs réelles de l’espace, pour certaines visibles et pour d’autres invisibles pour nos yeux», nous explique Dalil Saci. Il nous affirme aussi que les couleurs qui illuminent les œuvres de cette exposition sont de vraies couleurs qui existent à l’état naturel, sans aucune manipulation, sublimant tous les aspects chromatiques qui existent à l’état brut. Ainsi, ces œuvres sont le résultat chromatique de l’instant précis de la capture numérique de l’image en fonction des conditions météorologiques. « Personnellement, je suis à l’affût, tel un chasseur, et je choisis le bon timing pour captiver cet instant précis de la prise de l’image. Ensuite, je la décompose et je la fragmente pour avoir toutes les couleurs qui sont cachées à l’œil nu». Combinant avec symbiose sa formation d’informaticien et son talent d’artiste plasticien, Dalil Saci travaille sur la palette chromatique en utilisant des logiciels et programmes numériques combinés à sa vision d’artiste pour que jaillisse la magie picturale tel un véritable alchimiste qui a trouvé le Saint Graal lui permettant de créer des œuvres inondées de lumière dans des tons et des teintes féériques. Il explique également à propos de sa technique de travail que «la matière que j’emploie c’est de la peinture par processus d’injection de pigments de peinture». L’artiste nous explique que cette exposition porte en elle une nouvelle dimension de la perception de l’art plastique contemporain, en précisant que « c’est un mouvement qui est en train de naître en Algérie. Mais au Japon et en Europe, l’art numérique est en train de prendre une grande place. On peut aussi, aujourd’hui, prétendre que nous sommes présents dans cette compétition culturelle, artistique et scientifique internationale». Dalil Saci, qui explore le monde de l’art digital et qui s’est donné corps et âme à l’art depuis quarante ans, a été à la tête d’une galerie durant quinze ans, mais qu’il a dû fermer à cause d’un problème familial.

«L’Unac est un véritable échec»
Il nous confie à propos des problèmes que rencontre le secteur des arts plastiques en Algérie, que «le véritable problème est chez les artistes, parce que c’est un milieu où il y a beaucoup d’égoïsme. Ceci empêche l’existence de toute forme de solidarité pour améliorer les conditions de travail et le développement du secteur». Il conforte ses propos en déclarant : «J’étais parmi les membres fondateurs de l’Union nationale des artistes et on avait plein d’espoir et de projets à réaliser. Mais, aujourd’hui, l’Unac est un véritable échec. Et j’ajouterais même que le niveau artistique, intellectuel et culturel de certains artistes est vraiment nul». Saci Dali reconnaît toutefois que «le métier d’un artiste peintre est insuffisant pour vivre décemment. Il vaut mieux être plombier ou maçon, car ils gagnent leur vie mieux qu’un artiste ». D’un ton dépité, il nous explique aussi que même les institutions étatiques ne les prennent pas en considération, en affirmant : «J’ai offert cent tableaux sur le patrimoine de Tlemcen. Logiquement, c’est un geste de très haut niveau culturel pour l’Algérie et qui doit être réellement pris en considération avec un minimum de reconnaissance.»
Enchaînant, qu’«heureusement que j’aime beaucoup plus mon pays qu’autre chose. Je n’ai rien à attendre de la reconnaissance des autorités culturelles. Malheureusement, face au mépris des autorités envers les artistes, beaucoup de bons artistes partent vers des horizons plus cléments. Personnellement, les étrangers sont éblouis par ce travail, ils m’ont contacté d’ailleurs. Mais moi j’ai décidé de commencer par mon pays après, on verra ».  L’artiste peintre Nouredine Chegrane, présent à l’exposition dédiée à la découverte de ces merveilleuses couleurs, nous donne son avis sur les œuvres de Dalil Saci. «Ce travail est original et c’est aussi un travail futuriste. Il y a une certaine intelligence non seulement dans le savoir-faire de l’artiste mais aussi en la pertinence de ce qu’on appelle maintenant une intelligence artificielle. Il faut être un véritable artiste créatif pour arriver à un résultat de cette qualité picturale. On sent également, qu’il y a derrière, tout un travail de recherche et que ce n’est pas n’importe quel artiste qui peut arriver à un tel résultat. Je reconnais aussi l’intérêt de l’outil informatique, parce qu’on ne peut pas arriver à un tel résultat avec de simples tubes de peinture. Cela dépasse les couleurs qui peuvent être traitées par le simple traitement visuel de l’artiste. Ce traitement de milliards de pixels et de couleurs qui sont dans l’espace et dans la lumière est très important et fascinant. Je pense que c’est cela la peinture de l’avenir». Il conclura en ajoutant : «Je suis vraiment émerveillé par cette exposition, car je découvre une beauté de couleurs que je ne peux pas obtenir en peinture ni en aquarelle. C’est une leçon d’harmonie des palettes chromatiques pour tous ceux qui veulent travailler sur la lumière. »n