Il est né à Constantine. Il a quitté Constantine. Il est revenu à Constantine, il y a sept ans. Puis, il a fait un livre sur Constantine, un livre sur la ville qu’il habite, un livre sur la ville qui l’habite, sur sa ville. Avec un regard propre à lui. Armand Vial, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous raconte dans son nouvel ouvrage Constantine.

Pas son histoire millénaire, les exploits de Massinissa, ni ses ponts, encore moins sa résistance à la soldatesque française, où le combat épique d’Ahmed Bey, Vial nous raconte l’histoire de la ville à travers son Rocher. A travers ses rochers, sa rocaille qui grimpe tel un lierre vers la terre qui sera, des millénaires plus tard, transformée par des hommes. L’auteur du beau livre «Le Miroir de sable et de temps : le Rhumel et ses gorges» a vu dans les anfractuosités du Rocher qui sera éventré par le Rhumel, le torrent impétueux, une histoire qu’il racontera. Pas de texte, ou presque. Vial reprend essentiellement des extraits d’écrivains qui ont narré Constantine, Qsentina ou Ksar Tina. Car là où le commun des lecteurs voit des rochers, Vial observe une histoire charriée par les flots du Rhumel qui laissera des empreintes sur le Rocher, les rochers. C’est cette histoire que l’auteur nous raconte à travers des photos. Là ou les photographes se seraient inspirés de l’architecture Haussmannienne, de celle des Arabes où des Ottomans, pour raconter la cité trois fois millénaire, Vial s’enthousiasme pour les pierres. «Chacune a une histoire à raconter, c’est pourquoi à travers mes photos de la muraille de roches, j’ai voulu écrire à travers mes photos», dira Armand Vial, pour la quatrième du café littéraire organisé par les éditions Media-Plus au Centre culturel français. «Pour moi, ces roches, ces abysses sont en même temps la vie et la mort», dira celui qui, du haut de ses sept ans, a découvert le Rhumel et ses gorges, tenant fermement la main de sa grand-mère quand elle l’emmenait en balade sur le pont suspendu, l’imposant pont Sidi M’cid. Le livre ne servira pas de «reportage ou de guide touristique», fera remarquer l’auteur. Ce sont plusieurs photos qui racontent Constantine selon la vision de celui qui était derrière l’objectif de la caméra. «Malheureusement, les lieux sont devenus des non-lieux. Il n’y a plus de haltes, plus de rencontres, plus de palabres. C’est pourquoi les roches du Rhumel ne sont plus que des pierres», constatera Vial.
Plusieurs citations d’auteurs, tous amoureux de Constantine, seront insérées auprès des photos énigmatiques de beauté et de mystère de Vial. C’est ainsi que Malek Haddad, Kateb Yacine, Régis Durand, Peter Handke, Nedjma Benachour, et bien d’autres auteurs, verront leurs vers, leurs écrits et leurs psaumes accompagner les pixels des photos bavardes d’Armand Vial, qui justifiera ses clichés, disant que «la photographie est une écriture». Ainsi Constantine, qui aura vu ses plus beaux monuments immortalisés par des textes ou des instantanés, par le biais de la «gâchette» de Vial, aura insufflé une vie à des roches inertes, des roches sur lesquellles s’est bâtie, pourtant, une des plus vieilles cités du monde.
Armand Vial/ «Le miroir de sable et de temps : le Rhumel et ses gorges», Editions Sedia.