Les initiatives lancées par les formations politiques en lien direct avec l’élection présidentielle d’avril prochain se conjuguent désormais au passé. Les plans et les scénarios proposés n’ont pas été retenus maintenant que le premier magistrat du pays a sonné l’heure du déroulement du scrutin présidentiel. Les formations politiques, notamment celles de l’opposition, sont désormais appelées à formuler d’autres offres politiques à l’occasion de cette échéance.

Le feront-elles en concertation et en coordination ou aborderont-elles cette échéance en rangs dispersés ? L’attitude future de l’ensemble de la classe politique reste à observer. La classe politique reste cependant sur une note d’échec qui a marqué son action durant cette période préélectorale dominée par la supputation et la rumeur. Maintenant qu’une réponse a été apportée à l’interrogation de la tenue ou pas du scrutin dans les délais, il lui revient de faire avec cette nouvelle donne politique. La convocation depuis hier du corps électoral pour la tenue de scrutin, le 18 avril, c’est-à-dire dans les délais constitutionnels, scelle ainsi la mort d’une panoplie d’initiatives qui a eu à occuper une scène politique nationale qui se cherchait un positionnement par rapport à une échéance dont le déroulement était jusqu’au là entouré d’incertitudes. C’est d’ailleurs dans ce climat marqué par l’incertitude que des initiatives ont vu le jour, qui pour le report du scrutin présidentiel, qui pour une prorogation du mandat présidentiel en cours adoubée à une conférence de consensus qui n’a pas réuni finalement les adhésions utiles. L’organisation du scrutin dans les délais signe donc la fin de ces initiatives qui se sont révélées au bout de quelques semaines seulement comme des offres d’ambiguïtés plutôt que des propositions de solutions. Elles n’ont d’ailleurs pas intéressé ni les hautes autorités du pays ni l’ensemble de la classe politique. Celle émanant du président du Mouvement de la société pour la paix (MSP) et celle lancée par le président de TAJ, Amar Ghoul auront été incontestablement les plus visibles, mais aussi les plus floues. Fin décembre et au moment où la classe politique guettait la moindre indication sur le rendez-vous électoral, le chef de TAJ défrayait la chronique en portant sur la place publique une initiative politique en lien direct avec la présidentielle. Il suggérait, en effet, une relégation de ce rendez-vous au second plan, préférant «un consensus national», à travers une conférence nationale sous l’égide du président de la République. L’initiative n’avait pas manqué de susciter des interrogations dans la mesure où son offre induirait inéluctablement un réaménagement du calendrier électoral. Si présent dans les médias et les réseaux sociaux, le transfuge du MSP tenta pendant des semaines de convaincre la portée de son offre politique, qui aurait suscité, selon ses dires, des faveurs des partis politiques y compris ceux de l’opposition. Mais Amar Ghoul sera vite démenti et son initiative n’aura pas duré longtemps. Et c’est Ghoul himself qui s’est soudainement présenté, au premier jour de l’année 2019, devant les médias pour annoncer contre toute attente la tenue de la présidentielle dans les délais. Il venait alors d’enterrer sa propre initiative avec le sentiment d’avoir subi une défaite et surtout de s’être lancé dans un exercice pour lequel il n’a pas été si outillé. L’échec fut cuisant, mais Ghoul peut néanmoins partager cette posture d’échec avec son ancien
« frère » du MSP, Abderrezak Makri, qui n’a pas manqué de dérouter plus d’un au détour de son initiative portant sur le report du scrutin présidentiel. Après avoir mené bataille pour le changement et la transition démocratique au sein des partisans de la plateforme de Mazafran, le président du MSP a surpris tout le monde en plaidant le report de l’élection présidentielle, une offre qui n’a pas suscité les faveurs des états-majors des partis politiques aussi bien chez le courant des démocrates qu’auprès des islamistes. Makri insistait cependant à dire que le report de l’élection présidentielle est «un projet politique découlant de l’initiative du consensus national», ajoutant que sa concrétisation «est tributaire de la réunion de certaines conditions, notamment un consensus au niveau de l’ensemble des institutions de l’Etat et un débat autour de ce report entre les différents partis politiques, au sein du pouvoir et de l’opposition». Le plan de Makri s’est avéré, comme celui de Ghoul, sans lendemain en dépit des efforts qu’il avait déployés en matière d’explication et de communication. En définitive, ces initiatives n’ont pas eu l’effet escompté par leurs promoteurs, générant un surcroît de discrédit sur un personnel politique incapable de peser sur le cours des évènements. Mais, la convocation du corps électoral n’offre pas moins une opportunité pour l’opposition dont l’attitude sera fortement scrutée par les observateurs.<