L’élection présidentielle se déroulera le 18 avril prochain, soit dans les délais constitutionnels prévus. En convoquant le corps électoral, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika,

sonne la fin de la récréation. Il aura mis un terme à la spéculation, au suspense. Mais, surtout, il enterre définitivement l’une des propositions qui a suscité le plus de débats et de réactions sur la scène politique. Il s’agit bien évidement de l’appel du président du Mouvement de la société pour la paix (MSP) au report de l’élection présidentielle, pour une année, afin de permettre de réaliser le consensus. Le chef du parti islamiste peut dire adieu à son projet qu’il défend corps et âme depuis plusieurs semaines. Abderrezak Makri, qui a été dans son initiative jusqu’à se réunir à la résidence d’Etat avec le frère conseiller du Président, n’a plus rien à prêcher sur sa page facebook, si ce n’est trouver une autre sortie qui lui assurerait une place dans la course au palais d’El Mouradia s’il veut se lancer dans un tel défi. Comme il l’a toujours affirmé d’ailleurs, le MSP sera concerné d’une manière ou d’une autre par cette élection. L’idée du report de la présidentielle, rappelle-t-on, remonte au début de décembre dernier. Le MSP avait alors abandonné ses rencontres avec la classe politique en vue de convaincre de son initiative de consensus national. Dans une publication sur sa page facebook, Makri surprend tout le monde en suggérant le report de l’élection présidentielle 2019, pour permettre, avait-il dit, « de trouver une solution et réaliser le consensus ». Appelant les gouvernants, les politiques et les sages à « parler d’une seule voix », et à privilégier le dialogue, le président du MSP estimait alors que « si la situation nécessite plus de temps pour arriver à une solution et réaliser un consensus, autant reporter l’élection présidentielle ». Un report fixé « à une période sur laquelle nous nous mettrons d’accord », avait-il proposé car ces échéances « nous mènent droit vers l’inconnu ». Immédiatement, la proposition va métamorphoser le débat de la scène politique, d’autant que ses objectifs pouvaient même arranger les partisans de « la continuité » parmi les partis du pouvoir. Pendant plus d’un mois, l’option s’était presque précisée, avant que les désaveux ne commencent à se multiplier.

Les raisons d’un échec
Déjà dans l’opposition, des partis comme Talaie El Hourriyet d’Ali Benflis, le RCD de Mohcine Belabbas se sont clairement alignés du côté du « respect des délais constitutionnels ». Avant que les partis de l’Alliance présidentielle ne reviennent à défendre l’option du 5e mandat, estimant, comme l’a déclaré le RND, qu’« il n’y a aucune raison qui puisse justifier le report de la présidentielle ». Dernièrement, une rencontre secrète entre Makri et Saïd Bouteflika a été révélée et confirmée par le chef du MSP. Mais, à en croire d’autres révélations rapportées par El Khabar, les rencontres de Makri à la présidence avaient abouti sur un accord pour que « le pouvoir entame un dialogue sérieux avec les principaux acteurs de l’opposition dont Ali Benflis, sur les éléments de la réforme, leur planning et le report ». L’entente devait passer par « l’organisation d’une conférence nationale, la révision partielle de la Constitution à travers le Parlement et la formation d’un gouvernement d’union nationale pour mener les réformes et, enfin, la révision de la Loi électorale de façon à permettre la création d’une commission indépendante de surveillance des élections », selon la même source qui cite un rapport détaillé du MSP. Cependant, cet accord a été abandonné et la présidence aurait informé Makri, lors d’une dernière rencontre, que « reporter l’élection était devenu impossible à cause de l’absence d’un consensus ». Indépendamment de toutes ses raisons et de la véracité de ces détails, l’échec d’Abderrezak Makri à faire passer la pilule est consommé. Et c’est pour la deuxième fois de suite, si l’on compte l’initiative de consensus rejetée par l’ensemble des partis politiques, l’été dernier. Mais, l’homme l’a déjà compris, lorsqu’en début du mois en cours, il déclarera : « Nous avons échoué » et que « la cote du 5e mandat monte dans la bourse des options du système ». Que fera-t-il maintenant ? <