Le patron de Sonatrach a voulu remettre les pendules à l’heure, jeudi, sur l’état des réserves algériennes en hydrocarbures. Ses propos ont pris les allures d’un démenti aux commentaires suscités par les précédentes déclarations du ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, qui avait jeté un pavé dans la mare, en déclarant que l’Algérie pourrait ne plus exporter de gaz à partir de 2023 en raison de la hausse effrénée de la consommation interne.

Depuis Oran, où il assistait à la conclusion d’un accord de partenariat entre Sonatrach et Total, Abdelmoumen Ould Kaddour a estimé que « ceux qui affirment que nos gisements pétroliers sont épuisés sont très loin de la vérité». «Nous n’avons pas un système de mesure des puits de pétrole pour dire que nos puits sont épuisés. Jusqu’à présent, nous ne savons pas combien nous produisons exactement ni combien nous consommons, ou à combien sont estimées nos réserves», a-t-il fait savoir, soulignant que « nul ne peut répondre à ces questions. Tout ce qui se dit n’est que spéculations».
Les propos du ministre de l’Energie avaient provoqué un tollé auprès des investisseurs et des analystes, remettant en cause les capacités du pays à produire des hydrocarbures sur le long terme, à l’heure où l’Algérie est en négociations avec certains de ses clients pour reconduire ses contrats gaziers. Depuis, Mustapha Guitouni s’est rétracté, se remettant sur une piste moins pessimiste, invoquant le défi d’efficience énergétique à même d’éviter une hausse plus problématique de la consommation interne des hydrocarbures. Abdelmoumen Ould Kaddour a souligné, que l’Algérie est un pays immense et ses ressources sont exploitées à moins de 30%, faisant savoir que « d’excellentes nouvelles sont à venir ».
Une manière à lui de rassurer les investisseurs pour lesquels une nouvelle loi sur les hydrocarbures est actuellement en cours de discussions, dont un chapitre complet serait axé sur l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. A ce propos, il a indiqué, jeudi, que d’importants groupes comme British Petrolium, Total et autres, souhaiteraient venir travailler dans le domaine du schiste « car nous avons un réel un potentiel ». « L’Algérie dispose de la troisième réserve mondiale.
Ceci a été confirmé par des institutions internationales et à travers des mesures par satellite. De ce fait, de nombreux groupes ont affiché leur volonté de travailler en Algérie», a-t-il mis en exergue. Pour lui, «le pays est très attractif. Les groupes étrangers le savent très bien. Maintenaient, c’est à nous de trouver les formes nécessaires de ce partenariat ». Sur sa lancée, le patron de Sonatrach a souligné que « des discussions et des négociations sont menées à long terme. Une avancée positive est remarquée. Toutefois, nous ne sommes pas encore arrivés à un accord. Nous avançons certainement mais avec beaucoup de précautions pour pouvoir faire des partenariats gagnants ». Dans les mises au point faites jeudi par le patron du groupe Sonatrach, on comprend à quel point l’interprétation des propos du ministre de l’Energie pouvait être préjudiciable pour l’attractivité du pays.
Sonatrach et Total créent une société de polypropylène
Dans la journée de jeudi, une convention entre Sonatrach et le groupe français Total a été signée à Oran. Elle porte sur la création d’une joint-venture permettant la réalisation d’un complexe de polypropylène à Arzew. Les deux groupes reviennent à de meilleurs sentiments après un pas de danse raté qui s’est soldé par un arbitrage international intenté par Total, portant sur la taxe sur les superprofits. Sonatrach et Total ont ensuite tenté un règlement à l’amiable qui semble mettre leurs différends de côté en privilégiant désormais le partenariat gagnant-gagnant. Ce projet pétrochimique prévu à Arzew comprend une usine de déshydrogénation de propane (PDH) et une unité de production de polypropylène (PP) d’une capacité de 550 000 tonnes par an. Le projet représente un investissement d’environ 1,4 milliard de dollars pour les deux partenaires. La convention, conclue jeudi, a été précédée par la signature, au mois d’octobre dernier, d’un pacte d’actionnaires de la société commune, Sonatrach-Total Entreprise Polymère, détenue à hauteur de 51 % par Sonatrach et à 49 % par Total.
La STEP se chargera également de commercialiser le produit, souligne-t-on. Pour ce qui est du financement, 30% seront constitués de fonds propres, tandis que la BNA assurera 70% par emprunts bancaires. Il s’agit du premier complexe de production de polypropylène en Algérie qui sera réalisé dans un délai de 36 mois. Il couvrira les besoins du pays en la matière actuellement importée. L’usine produira 500 000 tonnes sur la période 2018-2023 avec une facture estimée à plus de 650 millions USD.
Il apparaît ainsi clairement que Sonatrach ambitionne d’accélérer dans la pétrochimie et la transformation de son gaz tant en interne qu’en externe. Le projet avec Total et le complexe prévu cette année en Turquie en sont un exemple. Son acquisition en Italie et les négociations avec ExxonMobile en vue de mettre sur pied une société de trading témoignent de cette autre ambition d’accélérer le redéploiement du groupe public sur les marchés internationaux.n