Apparemment, les choses ne vont pas s’arranger de sitôt pour l’aviron algérien. Entre les athlètes et le staff technique, les tensions sont fortes. Dénonçant des accusations mensongères du skiffeur Sid-Ali Boudina, qui a révélé que les athlètes sont livrés à eux-mêmes depuis  6 mois à un an et demi des Jeux Olympiques 2020, Chaouki Dries a tenu des propos agressifs et véhéments lorsque nous l’avions contacté hier. L’entraîneur-adjoint, qui a prétendu que la Fédération algérienne des sociétés d’aviron et de canoë kayak (Fasack),  l’a « autorisé » à mettre les choses au point, a qualifié Boudina de « mythomane ».

Ni démenti, ni mise au point émanant de la Fasack. Par contre, un membre du très contestable staff technique a parlé : Chaouki Dries. Le second de Garidi Riad a vivement réagi à l’article qui traitait la situation actuelle de l’aviron algérien paru dans notre édition du 13 janvier 2019. Pour rappel, l’athlète Sid Ali Boudina a fait état d’une négligence quant à la préparation de l’équipe nationale en vue des Olympiades japonaise prévues pour l’été 2020. L’octuple champion d’Afrique en skiff avait indiqué que « depuis le mois de septembre, c’est le silence radio de la part des responsables techniques de la fédération. Aucun contact, ni appel, pour le suivi des athlètes.»

Boudina est un « mythomane »
Pour sa part, au lieu de donner des rapports de stages pour prouver que les révélations de l’athlète sont infondées, Dries a commencé par nous faire savoir que « nous n’avions pas le droit d’écrire un article sur une fédération sans demander des explications. Soyez professionnels », alors que constitutionnellement ce n’est pas à un entraîneur de régir le droit à la parole et la liberté d’expression. Surtout quand les propos sont simplement rapportés.
Par ailleurs, lorsque nous l’avons joint hier, il a accablé l’athlète en déclarant que « Sid-Ali Boudina est le problème même au sein de la sélection. Il met la zizanie entre les athlètes. Il veut casser tout le monde. Ce qu’il a dit n’est que mensonges. C’est un mythomane. Je le dis et je le redis. Vous pouvez même l’écrire si vous voulez !», a-t-il éructé en ajoutant « d’ailleurs, il ne s’entraîne plus depuis un moment ». Sauf que Boudina est à Toulouse actuellement où il essaie de garder la forme avec l’aviron toulousain. Dries est allé plus loin dans ses accusations en ajoutant : « Je ne sais pas pourquoi vous êtes en train de le défendre. C’est peut-être votre ami… » Pour un argument, c’est le plus facile des raccourcis !

Le ras-le-bol
des athlètes
Par ailleurs, cet ancien athlète de la sélection, qui a pris part aux JO 2008 à Pékin, s’est interrogé « pourquoi n’aviez-vous pas contacté la fédération pour demander plus de détails sur les raisons qui nous ont empêchés de tenir des regroupements depuis 6 mois » En vérité, le son de cloche de la Fasack, présidé par Abdelmadjid Boudaoud, était important dans cette affaire. Mais on croit savoir que l’encadrement technique en question ne tient plus de bons rapports avec les athlètes. Beaucoup d’entre eux n’ont plus l’envie de s’entraîner sous les ordres de l’actuel staff.
« Le rapport de confiance entre les athlètes et leurs entraîneurs est rompu et irrécupérable. Cela est dû au manque de respect des entraîneurs ainsi qu’à leur méthode de travail qui n’est pas compatible avec la génération d’aujourd’hui. Certains athlètes ont été renvoyés en donnant simplement leur avis qui de plus ont été plus que logiques à l’image de Oussama et Abdelnour qui ont refusé de s’entraîner les mâtinées durant le mois sacré de peur d’avoir des problèmes de santé (décision appuyée par un rapport médical), s’en est suivi un acharnement sur ces deux rameurs et leur saison a été stoppée net. Les filles ont carrément peur de demander à revoir leurs réglages et le font en cachète car Riad leur explose à la gueule pour n’importe quelle raison. (Cela montre à quel point la communication est difficile avec eux. La communication nous semble très importante pour établir une relation de confiance et permettre à chaque athlète d’atteindre ses objectifs) et que dire du climat instauré durant les stages … un supplice ! » Pouvait-on lire dans une lettre dont le patron de la Fasack a été destinataire. Suffisant pour savoir la genèse des rapports tendus.

Les injures pour cacher la faillite technique
Aussi, lors de la conversation téléphonique qu’on a eue avec lui, Dries n’a pas hésité à déverser dans des propos insultants et régionalistes qu’on s’abstiendra, éthique oblige, de mentionner. En revanche, il y a eu beaucoup de bassesse dans les termes employés. Même des injures au moment de raccrocher. Exactement les griefs retenus à son égard par les rameurs. Il faut savoir que le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) a été saisi à ce sujet via la Ligue d’Oranie : « Pendant le séjour à Buenos Aires (Jeux Olympiques de la Jeunesse 2018), les athlètes avaient l’impression d’être seuls. Ils n’ont ni encadrement, ni consignes, ni conseils ou encouragements. Le coach était rabaissant avec ses propos que nous citons : vous ne ferez aucun résultat. Vous finirez dernier de toute façons il n’y a pas de quoi stresser », mentionnait la lettre expédiée au MJS.
Aussi, dans la lettre des athlètes vers le président Bouadoua, outre le problème relationnel avec le staff, la défaillance technique a été relevée :
« Il y a un réel manque de suivi de la part des entraîneurs. Par exemple, la dernière fois que nous sommes rentrés en stage, c’était au mois de septembre, depuis ce jour-là et cela fait maintenant trois mois les athlètes n’ont reçu aucun appel de la part des entraîneurs pour savoir les entraînements qu’ils doivent réaliser. Nous avons donc remarqué que les entraîneurs n’étaient présents que lors des stages. Cependant, même durant les stages, les types d’entraînements sont choisis au dernier moment et aucun suivi sur l’eau n’est réalisé. Cela est pourtant très important pour la progression d’un rameur »
Quant au sujet d’enquêter sur le pourquoi du comment de cette affaire, nous dirons simplement qu’il n’est pas utile d’aller en profondeur quand l’incompétence flotte à la surface. Ce n’est certainement pas ces personnes-là qui vont aider le sport à aller mieux. En plus de ne pas disposer des qualifications techniques, ils n’ont rien à inculquer. Loin des valeurs du sport et l’éthique.