Dans cet entretien, le président du Snapo s’explique sur les attentes de son syndicat par rapport à la nouvelle loi sanitaire. Le syndicat qu’il dirige est particulièrement intéressé et concerné par tous les textes d’application qui touchent à la pharmacie et au médicament. Le Snapo doit, selon lui, se préparer pour la participation à l’élaboration des textes d’application.

Reporters : L’Algérie a adopté en septembre 2018 une nouvelle loi sanitaire, attendue depuis 33 ans. Quelles sont les priorités du Snapo suite à l’adoption de cette loi ?
Messaoud Belambri : Le plus dure reste à faire, car de nombreux textes d’application doivent être préparés et adoptés. Le ministère de la Santé annonce pas moins de 100 textes à court terme. Le Snapo est particulièrement intéressé et concerné par tous les textes d’application qui touchent à la pharmacie et au médicament. Nous devons nous préparer pour la participation à l’élaboration de ces textes, d’autant que le ministre, le professeur Hasbellaoui, a clairement annoncé que son département allait travailler dans la transparence et la concertation. Il est ainsi question de préparer des textes sous forme de décrets exécutifs ou d’arrêtés concernant le pharmacien assistant, la formation continue obligatoire, le nouveau code de déontologie, l’inspection du secteur pharmaceutique, l’organisation de la garde, les services liés à la santé que la loi attribue désormais au pharmacien d’officine, la responsabilité pharmaceutique, les nouvelles missions du pharmacien, etc. Le congrès a prioritairement recommandé de travailler pour cette loi, mais il a aussi enregistré sur le programme d’action du conseil national élu, plus de 25 points et recommandations, comme la participation à la réforme des textes réglementaires régissant les psychotropes, la formation de l’équipe officinale, la revitalisation du préparatoire en officine, la réglementation des compléments alimentaires, la participation à l’organisation du marché du médicament, ainsi que d’autres points touchant au système du tiers payant.

Le secteur de l’industrie pharmaceutique demande plus d’efforts pour son développement, quelles sont les propositions du Snapo dans ce sens ?

Nous continuons à croire dur comme fer que l’industrie pharmaceutique peut assurer un avenir économique florissant à l’Algérie. D’ailleurs, les observations et constats des nombreux experts locaux et étrangers venus participer aux journées de l’industrie pharmaceutique organisées par l’Unop, les 7 et 8 décembre passé, confirment qu’à l’échelle planétaire on parle désormais beaucoup de l’industrie pharmaceutique en Algérie et de sa croissance fulgurante continue et régulière, qui est de l’ordre de 17% par année depuis maintenant plus de quatre ans, ce qui est remarquable. Mais tout le monde s’accorde à dire que c’est une industrie qui doit être régulée, accompagnée, encouragée par des dispositions spécifiques, et que désormais le label qualité doit constituer une priorité pour tous. Les investissements sont nombreux et divers, plus de 350 selon le chiffre annoncé par le ministre à l’ouverture de ces journées. Maintenant il faut sérieusement penser à la production de la matière première, comme l’ont fait l’Arabie saoudite, la Jordanie ou les Emirats arabes unis, au bio similaire, et aux médicaments innovants, mais aussi penser à l’exportation. Le Snapo reste un syndicat, dont la mission et la vocation principales sont la défense des intérêts moraux et matériels de la profession et des pharmaciens d’officine, nous avons toujours fait preuve d’un comportement hautement responsable et cohérent, et nous en voulons pour preuve les hommages qui nous ont été rendus officiellement et publiquement, ainsi qu’au Conseil de l’ordre qui nous a accompagné dans nos actions, par le Premier ministre en juillet 2017. Le Snapo a toujours réagi en défendant et protégeant naturellement la profession, mais il l’a toujours fait de manière mesurée sans jamais porter préjudice à la santé des citoyens. Quant à la disponibilité des médicaments, le Snapo a toujours joué son rôle en alertant, chaque fois qu’il est nécessaire, les pouvoirs publics sur les perturbations qui touchent le marché du médicament et sur les ruptures signalées par nos bureaux de wilaya répartis à travers tout le territoire national. Le pharmacien joue un rôle d’alerte de premier plan. Le Snapo participe dans le cadre de la cellule de veille, qui a été créée sur sa proposition, au suivi régulier de la situation, et ce, en temps réel, du marché du médicament, mais nous souhaitons que les réunions de ce comité se tiennent de manière plus rapprochée et que les propositions émises soient adoptées et mises en application par les pouvoirs publics. Les membres de ce comité ont émis plusieurs recommandations qui, si elles sont rapidement mises en application par le ministère de la Santé, permettront de réduire de beaucoup les pénuries.

Le ministre a promis de relancer dès le début de cette année les travaux de toutes les commissions et l’ouverture de plusieurs chantiers de réforme.
Nous espérons également que l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (l’agence du médicament) va enfin travailler à plein régime. Nous, en tant que partenaires, et également avec le concours de toutes les autres organisations partenaires actives dans le domaine du médicament, nous sommes prêts à participer à ce nouvel essor qui s’annonce et qui permettra certainement à notre secteur de se développer et de sortir de la situation de turbulences qui le secoue depuis des années.

Vous avez été réélu à la tête du Snapo lors du 7e congrès les 17 et 18 novembre 2018 à Batna. Quel commentaire faites-vous ?

Le congrès du Snapo s’organise tous les trois ans, il sert à réformer les statuts, tracer le programme d’action de notre syndicat pour 3 ans, et élire un président national et un conseil national composé de 30 membres. Ce congrès a connu une affluence record par rapport à tous les précédents, avec la participation de 220 congressistes représentant plus de 4 400 adhérents réguliers de toutes les wilayas du pays
La confiance qui m’a été renouvelée par l’ensemble des adhérents pour continuer à diriger le Snapo signifie que les pharmaciens souhaitent que le Snapo continue à travailler selon les principes toujours adoptés, à savoir la concertation et le partenariat.
Mais aussi pour réaliser un programme de développement touchant nos structures et organes, car, de l’avis de tous, nous devons aller vers une modernisation et une professionnalisation de notre syndicat. Mais je tiens aussi à signaler que le Conseil national a été rajeuni à 60%, et le bureau national à 50% dans sa composante.
Nous avons découvert, lors du mandat précédent et lors de la tenue de nos assemblées générales au niveau des wilayas, de jeunes compétences et de nouvelles énergies capables d’apporter un nouveau souffle et de nouvelles idées au sein du Snapo. Nous avons d’ailleurs qualifié l’actuel mandat qui se termine en 2021, comme étant un mandat de transition, en d’autres termes, lors du prochain congrès, les anciens qui n’ont pas ménagé leurs efforts de manière continue et avec beaucoup de sacrifices, depuis plus de 23 ans, vont certainement remettre le flambeau à des militants jeunes et dynamiques, qui promettent plein d’espoir à notre profession.