Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo était hier en visite surprise à Bagdad, étape d’une tournée régionale visant à assurer aux alliés de Washington son soutien visiblement mis en doute après l’annonce du retrait de Syrie par Donald Trump.

Il y a deux semaines, ce dernier avait suscité les critiques en Irak en rendant visite à des soldats américains présents dans le pays, sans rencontrer aucun dirigeant irakien. Pompeo, lui, a été reçu par le Premier ministre Adel Abdel Mahdi, le ministre des Affaires étrangères Mohammed Ali al-Hakim et le président du Parlement, Mohammed al-Halboussi. A chacun, il a assuré «le soutien des Etats-Unis aux efforts du nouveau gouvernement pour assurer la stabilité, la sécurité et la prospérité à tous les Irakiens». Il a en outre évoqué «la poursuite de la coopération» entre armées «pour s’assurer que la défaite du groupe Daech soit durable dans toute la région». Alors qu’il était ensuite reçu par le président Barham Saleh, ce dernier a estimé que l’Irak avait «besoin du soutien américain» car Daech est défait militairement mais la mission n’est pas accomplie». Cette tournée de Pompeo semble intervenir afin de rassurer les alliés. L’annonce du retrait semble poser problème pour la puissance américaine particulièrement gênée par la présence de la Russie en Syrie. Le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton, en visite mardi en Turquie a quelque peu nuancé l’annonce de départ. Il a affirmé que les Etats-Unis allaient s’assurer que Daech avait vraiment été vaincu avant un départ de Syrie. Mike Pompeo s’est lui refusé à évoquer un calendrier. Depuis l’annonce inattendue de Trump en décembre sur le retrait des quelque 2.000 soldats américains déployés en Syrie l’administration américaine s’emploie à conforter ses partenaires régionaux et occidentaux, déjà ébranlés par la stratégie considérée comme illisible du président américain au Moyen-Orient.
L’argument Daech
La question de la présence de Daech en Syrie, qui partage avec l’Irak plus de 600 km de frontières, désertiques et propices à l’installation de cellules extrémistes clandestines, est majeure pour Baghdad. Même si Baghdad a annoncé fin 2017 en avoir fini avec trois années de guerre meurtrière et dévastatrice contre Daech des extrémistes continuent de mener des attaques dans ce pays déstabilisé depuis l’invasion américaine en 2003. Mardi, deux personnes ont ainsi été tuées par une voiture au nord de Bagdad. Outre la Jordanie et l’Irak, Pompeo doit se rendre en Egypte, à Bahreïn, aux Emirats arabes unis, au Qatar, en Arabie saoudite, à Oman et au Koweït, selon le département d’Etat. A chacune de ces étapes, Pompeo devra rassurer ses partenaires après l’annonce surprise de Trump qui estime que «les États-Unis ne peuvent pas continuer à être le gendarme du monde». En Irak toutefois, Trump avait bien assuré que, s’il retirait les troupes américaines de Syrie, il ne prévoyait «pas du tout» de retirer celles d’Irak. L’argument Daech continue d’être utilisé pour justifier une présence militaire illégale. D’un autre coté l’Iran qui gagne en puissance militaire et surtout politique en Irak a de nouveau poussé pour un calendrier de retrait des forces américaines au lendemain de la visite de Trump. L’Irak occupe une place centrale dans un Moyen-Orient en recomposition continu. Selon les experts, l’Iran commence à voir se réaliser un scénario souvent évoqué : le corridor terrestre qui lui permettrait d’atteindre la Méditerranée à travers l’Irak, la Syrie et le Liban est en passe d’être consolidé. Au cœur de cet axe qui pourrait servir au transit de biens et de personnes, l’Irak joue désormais les intercesseurs auprès de Damas. Selon un haut responsable irakien, Bagdad jouerait même les médiateurs pour le rétablissement des liens entre Damas et le Qatar. La Jordanie a également multiplié les rencontres de haut niveau avec l’Irak et dit espérer une visite prochaine de son roi à Bagdad. n
Désengagement US de Syrie :
un retrait problématique