L’Algérie célèbre cette année le Nouvel an amazigh 2969. La particularité de cet évènement réside dans le fait que la célébration marque le premier anniversaire de la consécration d’Yennayer décrétée par le premier magistrat du pays comme journée chômée et payée depuis décembre 2017. C’est le couronnement du long combat des militants de la cause amazighe.

L’officialisation d’Yennayer constitue indéniablement le parachèvement de la consolidation des fondements de l’identité nationale qui vient se greffer comme empreinte glorieuse à l’histoire antique de l’Algérie. La revendication remonte, en effet, aux balbutiements du mouvement berbère, mais s’exprimera avec plus de force après le Printemps berbère de 1980.
L’Etat a fait preuve, à partir des années 1990, d’une certaine ouverture sur les revendications identitaire et linguistique. L’enseignement de tamazight a ainsi été introduit dans les établissements scolaires en 1995 dans certaines régions du pays, où le berbère est la langue maternelle, pour finir par figurer dans la plateforme des revendications du mouvement de 2001 et 2002, dit « Printemps noir ».
Une requête que le pouvoir a ignorée depuis l’Indépendance, y compris après avoir décidé, en 2002, d’intégrer tamazight dans la Constitution comme langue nationale, avant de la hisser, lors de la révision constitutionnelle de 2016, au rang de langue officielle. L’amazighité avait été reconnue dans la nouvelle Constitution comme composante de l’identité nationale aux côtés de l’arabité et de l’islamité.
Et une chaîne de télévision diffusant des programmes en langue tamazight dans ses différentes déclinaisons a été lancée en 2009.
Il a fallu attendre fin 2017 pour que le président de la République Abdelaziz Bouteflika décide de la consécration d’Yennayer comme « journée chômée et payée ». Yennayer est depuis longtemps célébré en Algérie, particulièrement dans les régions berbérophones où la journée est largement fériée de fait.
Comme on le voit, c’est en Kabylie principalement que s’est joué l’avenir des revendications culturelles et linguistiques des berbérophones algériens. Même l’institution d’Yennayer jour férié a été revendiquée en Kabylie plus qu’ailleurs, alors que cette région le célébrait moins que d’autres. Enseignant et auteur de la traduction vers le tamazight du «Sommeil du juste» de Mouloud Mammeri, Djamel Laceb estime que « Yennayer est vraisemblablement la fête la plus ancienne de l’humanité encore fêtée au XXIe siècle», relevant qu’il s’agit d’une « survie miraculeuse au vu des adversités rencontrées au fil des siècles».
M. Laceb a relevé, concernant cette célébration, ce qu’il qualifie d’un «regain de popularité» depuis la fin du siècle dernier à nos jours, dans la mesure où nous assistons à «une célébration de cette journée particulière dans des milieux autrefois fermés, à l’exemple des villes côtières d’Algérie, de la capitale Alger et par des populations que l’on croirait inattendues sur ce registre comme les non amazighophones qui s’en réclament désormais ». L’avancée est bien là !n