Les formations politiques ont réagi, hier, à la désignation des membres de l’Académie algérienne de la langue amazighe par décret présidentiel publié au Journal officiel.

Si les partis saluent cette initiative, il n’en demeure pas moins qu’ils souhaitent que cette institution fasse réellement avancer la question identitaire et que l’Algérie se réconcilie avec son identité millénaire. Selon Sadat Fetta, membre de la direction du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et députée d’Alger, «il ne faut pas focaliser sur la composante humaine de cette Académie, le débat se situe ailleurs. Même s’il est vrai qu’à travers les nominations d’un certain nombre de personnalités, on peut déjà avoir une idée de ce qu’on veut faire de cette institution de grande importance». Elle fera néanmoins observer qu’«il faut qu’il y ait une véritable volonté politique pour que l’Algérie se réconcilie avec son identité». Considérant qu’«il s’agit d’un acquis qui intervient suite à beaucoup de sacrifices durant plusieurs décennies», Maître Saddat estime que «le fait que l’Académie soit rattachée à la présidence de la République biaise le débat». Son argument est que «cette structure n’est pas indépendante ni autonome pour fonctionner librement au niveau de la prise de décisions». «Il ne faudrait pas en faire une administration ou un ministère», souligne-t-elle. La députée RCD souhaite que l’institution de l’Académie mette fin à certaines lacunes constitutionnelles en matière identitaire. De son avis, la volonté politique de prendre en charge la question identitaire doit également se décliner à travers la réparation de ces «lacunes». De son côté, Moussa Touati, président du Front national algérien (FNA), soutient que «c’est une avancée dans notre identité qui permettra un encadrement dans la prise en charge de cette question». A ses yeux, «au lieu que les gens revendiquent la question identitaire dans la rue et en rangs dispersés », cette nomination officielle des membres de l’Académie amazighe est de nature à «unir les Algériens autour de leur identité». Il estime toutefois qu’«il faut que cette Académie commence à faire apprendre à lire et à écrire la langue en commençant par l’alphabétisation et la recherche des formateurs». «Il est clair que c’est une tâche qui prendra du temps pour devenir effective et que la langue se généralisera progressivement sur le territoire national», dira-t-il, avant de préciser que «dans un second temps, la langue sera intégrée de manière effective dans les différents cycle d’enseignement». Quant au Front de libération nationale (FLN), il se réjouit du fait que l’Académie comportera 40 membres «de haut niveau de compétences. Des enseignants et chercheurs des trois départements de langue et culture amazighes d’Algérie», citant l’exemple du Professeur Mohamed Djellaoui, doyen de la faculté des langues et lettres de l’université de Bouira et chercheur en langue et littérature amazighes.

Le Rassemblement national démocratique (RND) quant à lui s’est félicité de la publication dans le journal officiel des membres de l’Académie. « Cette nomination constitue la preuve tangible de la volonté politique du président de la République de prendre en charge la question identitaire». « Cette nomination intervient pour renforcer l’unité nationale et extraire la question de l’identité des luttes et des surenchères politiciennes », précise à ce propos le RND dans un communiqué rendu public, hier. De son côté, Kamel Mouassa, membre de la direction de TAJ, estime que la nomination des membres de l’Académie vient dans le sens de la revendication de son parti : « C’est une avancée puisque cela permettra un renforcement de l’identité nationale » soutient-il. Plus fondamentalement, il estime que cette nomination est une manière de donner « un cadre académique, scientifique et non politique à la question de l’identité pour en faire une cause commune à l’ensemble des Algériens ». <