Premier couac au sein de l’Académie amazighe. A peine nommé parmi les quarante membres, Abderrezak Dourari, le professeur des sciences du langage et de tautologie et directeur du Centre national pédagogique et linguistique de l’enseignement de tamazight (CNPLET), se retire.

C’est hier, sur sa page Facebook, qu’il a répercuté l’information. Contacté par nos soins, le professeur motive son retrait par plusieurs raisons. «Je voulais une académie qui puisse vraiment tirer définitivement la question identitaire des manipulations et des contestations à caractère politique, et je n’ai pas réussi à convaincre. Ce qui me pose un problème d’éthique, mes convictions ne sont pas retenues, je ne peux pas les abandonner pour un poste », a-t-il lancé d’entrée. « Ce que j’avais proposé dans la loi organique portant création de l’académie a été complètement élagué par le gouvernement », a-t-il fait observer, précisant que « quand on nous a montré la version finale du statut de l’académie, j’ai dit immédiatement que moi, je ne me reconnais pas dans cette académie, et donc je ne peux pas y siéger ».
L’autre argument ayant dissuadé Dourari de figurer parmi les membres de l’institution est d’ordre éthique et de conception de l’activité scientifique de l’académie. « J’étais favorable pour une académie de recherche et ce n’est pas le cas présentement », note-t-il.
Et d’enchaîner : « J’étais pour des critères d’adhésion qui limitent l’accès à l’académie aux maîtres de conférences, aux compétences et aux meilleurs dans le domaine, ce n’est pas non plus le cas, puisque des membres de l’académie actuelle ont un niveau de licence. Je voulais que le président de l’académie soit élu, cela n’a pas été le cas », regrette-t-il. De l’avis du professeur Dourari, « l’essentiel de la composante devait être de très haut niveau devant s’imposer comme une autorité scientifique et morale dans le domaine de la langue et de l’identité, afin d’éviter les clivages que nous avons connus jusque-là et qui sont des clivages très dangereux pour l’unité de la nation et l’avenir du pays ». « L’académie ne peut pas fonctionner avec des licenciés qui ne savent même pas ce qu’est la recherche. Cela ne peut pas fonctionner non plus quand vous avez le niveau le plus bas de l’université », déplore-t-il. Aussi, et tout en expliquant être « un Algérien convaincu de la citoyenneté algérienne », Dourari fait observer qu’il ne peut pas marcher dans quelque chose qui « va discréditer l’institution académique et, bien évidemment, redonner du tonus à tous les gens qui veulent détruire le pays et nous engager dans des guerres identitaires incroyables ». Pour rappel, Dourari Abderrezak, connu du grand public puisqu’intervenant régulièrement sur la question de l’amazighité et des sciences du langage, a souligné récemment que cette avancée en matière de tamazight « nous met aujourd’hui devant des défis qui se posent (….) aux chercheurs, appelés à prendre entièrement leurs responsabilités pour faire un travail dans le cadre de théories scientifiques et méthodes qualitatives pour son enseignement ». Selon M. Dourari, il est nécessaire de faire un travail de « normalisation de la langue qui lui permettra d’intégrer les différentes institutions de l’Etat et de la société ».<