Le Brent remonte la pente et permet à l’Algérie de grappiller quelques gains et de limiter les pertes subies ces dernières semaines, lorsque la référence européenne de pétrole avait chuté de 35% depuis début octobre. L’Algérie a perdu autant sur ses recettes en devises, soit environ  90 millions de dollars sur les trois derniers mois de 2018.

La semaine dernière, le Brent a chuté au-dessous de 50 dollars le baril, prix du marché sur lequel est bâtie la loi de finances de l’actuel exercice budgétaire, mettant ainsi à rude épreuve les finances publiques et les engagements du Trésor. Les gains de cette semaine, le baril étant au-dessus de 58 dollars hier, donnent un répit à un gouvernement qui semble jouer la sérénité en gardant le prix de référence à 50 dollars le baril, pendant que le mouvement baissier que connaît le marché depuis début octobre 2018 ne faisait que s’aggraver au fil des semaines. Le niveau actuel des cours de brut a plusieurs conséquences sur l’Algérie. Sur les positions financières internes d’abord, cette rechute des cours du pétrole affecte directement le niveau des revenus en fiscalité pétrolière. D’où le recours systématique de la banque centrale à la dévaluation monétaire, un artifice par lequel cette institution tentait de limiter l’érosion des recettes de la fiscalité pétrolière libellées en dinar. Il ne faut pas exclure d’éventuelles nouvelles dévaluations si les cours restent à leur niveau actuel. En outre, les recettes intérieures pour le compte du Trésor sont également en baisse conséquemment à cette tendance des prix, tandis qu’un quelconque coup de rabot par lequel serait tenté le gouvernement entraînera de facto une baisse de la fiscalité ordinaire. Cette situation ne fera que complexifier davantage l’équation budgétaire et l’Exécutif n’aura de choix que de solliciter davantage la planche à billets pour compenser les recettes manquantes, car moins de fiscalité pétrolière directe et d’autres fiscalités ordinaires indirectes signifie plus de tirages de monnaie.
Pour l’équilibre du budget, il s’agit là d’une autre paire de manche, car même du temps où le pétrole caracolait à plus de 100 dollars, l’Etat peinait à équilibrer ses comptes du fait de la politique d’expansion budgétaire à laquelle il s’est adonné pendant plusieurs années. La situation est différente de celle des années précédentes, car le gouvernement n’a plus aucun parechoc financier pour faire face à l’amenuisement des ressources. Le FRR servait depuis des années comme parechoc pour couvrir les déficits artificiels du trésor. Le gouvernement avait fait le choix en octobre 2017 de faire appel à la planche à billets, faisant fi des risques que cette option pourrait entraîner à l’avenir. L’équilibre du budget est tributaire désormais d’un prix de pétrole supérieur à 98 dollars. Pis, au-dessous de 105 dollars, les comptes extérieurs sont en danger et cette baisse des cours ne fait qu’aggraver le déficit de la balance des paiements qui, à son tour, ne fait qu’accélérer la fonte des réserves de change qui s’établissent désormais à 82,12 milliards de dollars. L’année 2019 doit être l’année des choix décisifs compte tenu de l’état des positions financières internes et externes. Hier, le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, a tenté à nouveau de jouer la sérénité face à un tableau de bord dont les voyants virent au rouge vermeil. Lors d’une conférence organisée par la CACI au sujet de la loi de finances 2019, Abderrahmane Raouya a, encore une fois, assuré que l’économie algérienne, malgré la conjoncture financière difficile, « fait toujours preuve de résilience ». Ses déclarations contrastent avec celles du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui a prévu, il y a de cela quelques semaines, que l’année 2019 sera une année « difficile » pour les comptes publics. Une chose est sûre, le gouvernement n’a de choix désormais que d’engager des réformes en profondeur à même d’éviter une situation de tarissement total des ressources à partir de 2020. n