A Alger, le représentant de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, devrait discuter du processus politique dans ce pays déstabilisé et de la nécessité de remettre sur rails le cadre du dialogue qui devait aboutir à un processus électoral décidément difficile à mettre en place.

Les efforts pour un retour vers un processus politique vertueux devraient redoubler dans les semaines à venir au risque, dans le cas contraire, de voir les acteurs en présence perdre espoir et être tentés par des repositionnements plus rigides. Les différentes initiatives, même celles émanant de puissances européennes, semblent faire du surplace. Et l’urgence d’enregistrer une avancée pousse l’ONU à revenir vers les acteurs les plus directement concernés. Le rôle de l’Algérie pour le règlement de la crise libyenne reste, à l’évidence, indiscutable. Se basant davantage sur une approche plus terre-à-terre, Alger est favorable à un dialogue entre les deux entités contrôlant, d’une part, la Cyrénaïque et, d’autre part, la Tripolitaine. L’Algérie, qui s’est toujours positionnée contre une intervention étrangère, pourrait réactiver le cadre tripartite Algérie-Egypte-Tunisie pour relancer les tractations. Les acteurs régionaux qui partagent avec la Libye une frontière terrestre prennent le cas libyen très au sérieux. Cette question relève éminemment de leur sécurité intérieure et devrait donc enregistrer un minimum d’avancée sur le plan sécuritaire particulièrement. En attendant, la situation en Libye semble toujours dans l’impasse. Il faut dire que les deux rencontres, le 29 mai 2018 à Paris, et à Palerme en mi-novembre, à l’initiative de l’Italie semblent avoir atteint leurs limites. Les deux rendez-vous qui avaient permis la rencontre des principaux acteurs de la crise en Libye ont abouti, malgré les apparences, à des résultats mitigés. Sinon comment expliquer les difficultés de l’ONU à imposer un cadre et un agenda pour un processus politique véritable sur le terrain ? Les élections générales, plusieurs fois annoncées, devaient constituer un début de règlement d’une crise source d’instabilité politique et sécuritaire, résultat prévisible de la chute de Kadhafi. Initialement prévu en 2018, le scrutin est repoussé pour cette année 2019. La difficulté, malgré les efforts internationaux, à se mettre d’accord sur une plateforme permettant l’esquisse d’un règlement politique semble symptomatique de la complexité du terrain libyen. Le pays est dirigé, aujourd’hui, par deux entités rivales, le GNA, issu d’un processus onusien et basé à Tripoli, et une autorité rivale installée dans l’Est, soutenue par un Parlement et une force armée dirigée par le maréchal Haftar.
« Les Libyens pas encore au bout de leurs peines »
La voie du règlement du conflit dans une Libye déstabilisée depuis 2011, après l’intervention étrangère, s’articule, selon l’ONU, autour de la mise en place d’un cadre constitutionnel et l’organisation d’un double scrutin législatif et présidentiel avant la fin du premier semestre 2019. La feuille de route, tracée par Salamé en tant que chef de la mission d’appui des Nations unies en Libye, voudrait rapprocher les différents acteurs libyens pour mettre fin à la crise. Les mesures récentes prises par les Libyens pour la coordination sécuritaire sont considérées comme un pas positif pour l’unification des institutions de l’Etat libyen, passage obligé pour un retour au dialogue et à la construction d’un cadre consensuel. Cependant, pour les observateurs, la situation en Libye reste toujours compliquée et le règlement par la voie politique difficile à engager. «L’idée de partage du pouvoir ne peut prévaloir dans un contexte dans lequel les ambitions et attentes de la part des principaux leaders politiques sont inconciliables», avait estimé, dans une interview pour Reporters, Barah Mikail, directeur de Strategia Consulting et professeur à l’université Saint-Louis de Madrid. «Le fait est qu’aucun de ces acteurs importants, ni même l’ensemble de ces acteurs pris ensemble, n’ont une souveraineté atteignant l’ensemble du pays – et surtout, de la population. Si l’on ajoute à cela l’insécurité, la poursuite de situations de guerre et de combats à plusieurs endroits du pays, ou encore, le fait que plusieurs pôles – miliciens ou représentatifs de régions ou de villes – sont dans le rejet du processus politique», avait-t-il noté. Pour Barah Mikail, «il est à craindre que les Libyens ne soient pas encore au bout de leurs peines, faute de réunion des conditions essentielles pour une avancée réelle».