Reporters : La loi de  finances 2019 entre en vigueur. Bonne nouvelle pour les consommateurs, pas de nouvelles taxes ni impôts. Mais ce qui inquiète les spécialistes, c’est que le budget est établi sur la based’un baril à 50 dollars.  Partagez-vous cette inquiétude ?

Abdelhak Lamiri : Ce n’est pas un problème grave. Si les prix pétroliers sont plus bas, les décideurs vont simplement utiliser plus le financement non conventionnel et surtout les réserves. Le problème le plus grave est l’inefficacité de l’économie qui n’est pas du tout compétitive. Le plus gros problème, c’est la fonte des réserves comme neige au soleil. En 2023, on n’aura plus rien et la grande crise va nous secouer.

Malgré toutes les mesures prises par le gouvernement depuis quelques années, l’Algérie échoue à réduire ses importations. Où se situe le vrai problème à votre avis ?

Le problème est que nous finançons beaucoup de dépenses sociales et très peu de dépenses productives. Nous avons besoin de créer un million et demi de PME/PMI dans l’agriculture, l’industrie et les services. L’appareil productif est petit et très inefficace. Il faut un plan Marshall pour le développer et améliorer son efficacité. Vous remarquez qu’on ne parle plus de mise à niveau. Il faut des investissements efficaces dans le soft, les qualifications humaines, les TIC, la modernisation managériale, etc.

Autre sujet qui fait l’actualité, celui du e-commerce, l’Algérie est en bas du classement Cnuced. Pourquoi ?

Vous remarquerez que dans les classements internationaux, on est toujours parmi les derniers, sauf en démographie – on fait partie des 20 pays qui ont le taux de croissance démographique le plus élevé. La raison est simple. On investit peu et mal dans les facteurs clés de succès, l’humain, le management, l’innovation, les industries du savoir et le reste.


L’Algérie envisage d’entamer des négociations avec la Communauté économique des pays d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), en vue de conclure un accord commercial préférentiel entre les deux parties, est-ce que  
c’est bénéfique pour l’économie nationale ?
Oui, cela va nous aider à exporter un peu plus, mais pas énormément. Pour réussir, il faut que nos entreprises soient très compétitives. Certaines le sont, mais la plupart sont encore loin. Un petit plus donc mais qui ne va pas régler nos problèmes.