L’envoyé spécial des Nations unies au Yémen entame une nouvelle mission de bons offices. Depuis samedi dernier, Martin Griffiths est sur le terrain pour tenter de consolider la trêve dans la ville portuaire de Hodeïda et élément clé pour toute avancée dans les pourparlers entre les protagonistes du conflit qui déchire le pays depuis quatre ans.

Samedi, l’Envoyé spécial de l’ONU était à Sanaa et, hier dimanche, il devait effectuer un déplacement à Hodeïda avant de s’envoyer pour Ryad pour rencontrer le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, en exil en Arabie saoudite voisine, et d’autres responsables. Les entretiens, hier à Hodeïda, avec les rebelles houthis qui contrôlent la ville s’inscrivent dans le cadre des nouvelles consultations lancées depuis plus d’un mois et qui ont été conclues le 13 décembre, à l’issue de consultations de paix en Suède par un accord de cessez-le-feu dans la ville portuaire. Depuis l’entrée en vigueur de cette trêve le 18 décembre, les combats ont quasiment cessé mais les deux camps continuent de s’accuser de violer le cessez-le-feu.
C’est par le port de Hodeïda que transitent l’essentiel de l’aide humanitaire au Yémen et la majeure partie des importations de ce pays pauvre de la péninsule Arabique, où l’Arabie saoudite est intervenue militairement en 2015 pour aider le pouvoir face aux rebelles. L’émissaire de l’ONU, dont la précédente mission remonte à novembre dernier, n’a pas fait de déclarations à son arrivée à Sanaa. Mais il est allé à la rencontre de cinq enfants souffrant de maladies chroniques qui l’attendaient dans des ambulances pour demander la levée du blocus imposé depuis près de quatre ans à l’aéroport de Sanaa, par la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, selon le correspondant de l’AFP sur place.
Divergences
D’après les Houthis, le blocus empêche des milliers de Yéménites malades de se rendre à l’étranger pour des soins. M. Griffiths doit également avoir à Sanaa des discussions avec Patrick Cammaert, chef des observateurs de l’ONU au Yémen, qui préside le comité mixte (rebelles-gouvernement) chargé notamment de mettre en œuvre la trêve à Hodeïda. Alors que les Nations unies affirment que la trêve résiste, des centaines de partisans des rebelles ont manifesté vendredi à Hodeïda pour exhorter l’ONU à faire respecter la trêve. Selon l’accord de Suède, la remise du port de Hodeïda et le retrait des troupes auraient dû être achevés deux semaines après l’entrée en vigueur de la trêve. Ce délai est passé sans que cela n’ait eu lieu. Selon un membre gouvernemental du comité mixte, il n’y a toujours pas d’accord sur la partie qui sera en charge du port et il existe des divergences sur le redéploiement des forces. Un responsable de l’ONU a fait état, il y a une semaine, du début du retrait des rebelles de Hodeïda, mais aucune autre annonce n’a été faite depuis. Après l’accord en Suède, le Conseil de sécurité a voté une résolution prévoyant l’envoi d’observateurs civils pour superviser l’évacuation des combattants de Hodeïda et pour sécuriser le fonctionnement du port de Hodeida et de deux autres ports de la province du même nom. L’ONU espère réunir toutes les parties d’ici la fin du mois de janvier, peut-être au Koweït, pour un suivi des avancées obtenues en Suède, selon des diplomates à l’ONU. Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait entendre un rapport de M. Griffiths dans le courant de cette semaine. Le conflit au Yémen a fait au moins 10 000 morts depuis mars 2015 et provoqué la pire crise humanitaire au monde avec jusqu’à 20 millions de personnes « en situation d’insécurité alimentaire » selon l’ONU. Mais des ONG affirment que le bilan des morts est plus lourd.