La facture d’importation des collections CKD destinées à l’industrie de montage des véhicules de tourisme s’est établie à 2,482 milliards de dollars sur les onze premiers mois de 2018 contre 1,441 milliard de dollars sur la même période de 2017.

Ainsi, les importations des véhicules de tourisme (classés dans le Groupe des biens de consommation non alimentaires) ont augmenté de plus de 1,04 milliard de dollars entre ces deux périodes de comparaison, soit une hausse de 72,3%, lit-on dans une note statistique diffusée, hier, par les services des Douanes. L’envolée de la facture d’importation des kits CKD destinés aux industries de montage automobile fait broyer du noir au gouvernement qui tablait sur un retour sur investissement en privilégiant la politique de soutien à l’assemblage automobile. Au commencement, cette industrie devait freiner l’envolée de la facture des importations de véhicules et fait gagner à l’Etat de précieuses économies à l’heure où le pays traverse une grave crise financière. Alarmant, lorsqu’on sait que quelques années plus tard, alors que les premières mesures de restrictions des importations sont apparues à la mi-2015, la facture d’importation des kits CKD se rapprochait dangereusement des niveaux d’importation, en valeur, des véhicules en produits finis du temps où la crise ne faisait que toquer au portail. Cette envolée que connaît la facture d’importation des collections CKD devrait briser les ambitions du gouvernement qui tablait à la fois sur la baisse en valeur des achats de véhicules auprès des fournisseurs étrangers ainsi que sur l’émergence d’une industrie locale automobile. Force est de constater que le retour sur investissement escompté est loin d’être possible. Le gouvernement en a fait l’aveu, il y a quelques jours, par la voix de son ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi. Lors d’une plénière à l’Assemblée, le ministre a indiqué sans détours que le pays a besoin de 20 à 30 ans pour asseoir une industrie automobile intégrée, à même d’offrir des produits concurrentiels à la portée du consommateur algérien, de pallier les importations et d’atteindre l’exportation. Même s’il y a une part de vérité dans ce que disait le ministre de l’Industrie aux députés, les précédents gouvernements ont mal calculé les engagements en trésorerie ainsi que les profits possibles sur les premières années d’usinage. Force est de constater qu’après coup, l’actuel gouvernement semble se rendre compte que cette politique de montage de véhicules est loin d’être une machine à profits. A son arrivée à la tête du gouvernement, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, avait opposé son veto aux demandes des concessionnaires désireux avoir le quitus du CNI pour investir dans l’industrie de montage automobile. En décembre 2017, alors qu’il inaugurait la foire de la production nationale à la Safex, Ahmed Ouyahia avait annoncé que son gouvernement n’allait autoriser que cinq projets pour le montage des véhicules de tourisme et cinq projets pour l’assemblage des véhicules utilitaires. Il avait estimé alors que les projets n’avaient que peu de viabilité économique et que son gouvernement risquait de refaire « l’affaire des minoteries ». Son gouvernement a fini, néanmoins, par autoriser plusieurs projets faisant fi des considérations de viabilité économique et de rentabilité. C’est pourquoi, la facture s’est envolée à des niveaux problématiques, alors que plusieurs autres projets venaient à peine de démarrer, voire dans les starting-blocks. L’entrée en production des projets récemment autorisés feront assurément grimper davantage la facture des importations des collections CKD, remettant ainsi en cause la rigueur budgétaire que le gouvernement ne cesse de prôner. n