Tous les éléments plaident pour un retour de la protesta dans les établissements scolaires au cours des prochains jours.

Hier, c’était la reprise des cours pour les élèves après les vacances du premier trimestre. L’Intersyndicale de l’éducation se réunira, aujourd’hui, au siège de l’Unpef. La ministre de l’Education nationale, Mme Nouria Benghebrit, n’aura pas goûté le plaisir de la reprise que ceux qu’elle continue de décrire comme des « partenaires sociaux» lui mettent déjà la pression.
Et pour cause, tous les éléments plaident pour un retour de la protesta dans les établissements scolaires au cours des prochains jours. Les six syndicats, qui ont tenu leurs conseils nationaux respectifs le week-end passé et durant les vacances, ont tous conclu à la nécessité de revenir à des mouvements de protestation pour faire entendre la parole des travailleurs du secteur, face à ce qu’ils qualifient de «rupture de dialogue de concertation et de non-respect des engagements pris par la ministre de tutelle». Raison d’ailleurs pour laquelle ils ont rompu, le 10 décembre dernier, leur engagement pris dans la Charte d’éthique et de stabilité, signée en 2015 avec le ministère.
C’est dire que ce lundi sera un jour de vérité pour Mme Benghebrit qui, samedi dernier, soutenait que sa relation avec les partenaires sociaux était apaisée. «En ce qui nous concerne, nous avons une relation apaisée avec nos partenaires sociaux et nous continuerons à la préserver», avait-elle déclaré lors d’une conférence de presse animée en marge d’une réunion avec les directeurs de l’éducation de wilaya. Et de préciser, au sujet de la menace de grève, que les syndicats « n’ont déposé aucun préavis au niveau du ministère ». Les syndicats autonomes qui se réuniront ce matin représentent la majorité des travailleurs du secteur. Le Cnapeste, l’Unpef, le Snapest, le Satef, le CLA et le Snte dominent les établissements scolaires en nombre d’adhérents. Toute action commune constitue un vrai danger d’instabilité chronique que devra, coûte que coûte, éviter la ministre. Son discours d’apaisement d’avant-hier ne semble pas avoir convaincu les concernés.
Pour Meziane Meriane, coordinateur national du Snapest, « la relation avec la tutelle n’est pas apaisée ». Preuve en est, le retrait de son syndicat de la Charte d’éthique. Le même sentiment est partagé par l’ensemble des syndicats, dont les bases ont voté le recours à l’action pour faire valoir leurs droits. « Durant la rencontre de demain (aujourd’hui, Ndlr), on va décider de la forme que doit prendre la protestation de l’intersyndicale », dira pour sa part Boualem Amoura, secrétaire général du Satef.
Rappelons aussi que le CLA et le Cnapeste ont opté, lors de leurs conseils nationaux respectifs, de revenir à charge. Et le fait qu’il n’y ait pour le moment aucun préavis de grève ne signifie pas une quelconque assurance. M. Amoura explique « il n’était pas possible de déposer un préavis sans réunion de l’Intersyndicale ». Comprendre, la ministre va recevoir le préavis qu’elle attendait !
En tout état de cause, le clash est consommé entre les deux parties, du moins pour ce début du deuxième trimestre. Une grève, ne serait-ce que d’une seule journée, aura bel et bien lieu dans les prochains jours dans l’éducation nationale. La ministre de tutelle ne pourra pas en échapper.
Le moins qu’elle puisse faire c’est de travailler sur le moyen et le long terme pour apaiser la tension et ramener les syndicats autonomes à la raison et, ainsi, éviter à son secteur de sombrer dans la spirale des grèves illimitées. Pour cela, il faudra d’abord commencer par reprendre le chemin des réunions bilatérales et réorganiser le dialogue qui « a été rompu » selon les membres de l’Intersyndicale. Mais, surtout arrêter de recourir à la justice pour solutionner certains problèmes posés à travers les wilayas. Une méthode que l’Intersyndicale a dénoncée lorsqu’elle a décidé de quitter la Charte d’éthique. Ainsi, sauf surprise de dernière minute, au sortir de la réunion qui se tiendra au siège de l’Unpef, les six syndicats annonceront aujourd’hui une grève à travers tous les établissements scolaires. Reste à savoir de quelle durée elle sera. Rien que pour ça, Benghebrit retient son souffle.n