Le docteur Ahmed Benbitour a animé, hier à Alger, une conférence-débat sur le thème « La mission des élites dans la sauvegarde du pays», organisée dans le cadre du Forum du quotidien Liberté. A cette occasion, il a livré sans ambages tout ce qu’il pense sur l’économie du pays et les risques qu’elle encourt « si des changements de mode de gouvernance  ne s’opèrent pas à court terme et accélérent une plus grande diversification de l’économie », a-t-il averti.

Et sur ce dernier point, il a déploré que l’on reste scotché à la 170e place dans le tableau des climats des affaires mondiales alors que chaque année ce sont 300 000 jeunes diplômés universitaires qui espèrent trouver un emploi. « D’où l’urgence de faciliter l’investissement notamment dans les secteurs créateurs de postes d’emplois », tranche-t-il. Le docteur s’est aussi prononcé sur la crise financière que traverse le pays et son implication. Et là encore, le docteur ne s’est pas empêché de préciser à la nombreuse assistance venue prendre part à cette conférence que «la crise financière que traverse le pays» a débuté réellement en 2006, année où il a été enregistré des baisses dans les volumes d’exportation d’hydrocarbure. Et si jusqu’à juin 2014, période où les cours du baril de pétrole ont chuté drastiquement, le pays n’a ressenti aucun impact négatif, c’est parce que les cours à l’époque frôlaient les 100 dollars. En clair, la baisse des volumes exportés était compensée par les prix élevés. Et ainsi, pour un pays comme le nôtre, qui reste tributaire à plus de 90 % de ses recettes extérieures d’exportation d’hydrocarbure, le risque de voir nos réserves de devises fondre comme neige au soleil, avec toutes les conséquences que cela pouvait induire, devenait de plus en plus grand ». Et d’avancer dans ce sens : « En 2021, et à moins d’un miracle, le pays ne sera plus en mesure, du moins en grande partie, de financer ses importations en besoins de consommation ». Il a toutefois indiqué que le pays peut s’en sortir « à partir du moment où il n’est pas endetté comme c’était le cas en 1986. L’espoir est permis car, contrairement à ce qu’avancent certains, le FMI ne va pas pointer du nez dès lors où il sera possible de payer nos importations par d’autres canaux, entre autres, les crédits à court terme comme par le biais de crédits fournisseurs ». L’ex-Premier ministre a, par ailleurs, souligné que le pays dispose de moyens qui peuvent lui faire passer la crise sans top de sacrifice. « Pour peu qu’une gouvernance active se mette en place », a-t-il néanmoins soutenu. Toujours à propos de gouvernance, le docteur n’a pas caché son point de vue en disant : « La prospérité du pays passe inéluctablement par un changement de mode de gouvernance. » Concernant l’élite du pays, il dira qu’« à force d’être marginalisés nombreux sont ceux qui ont quitté le pays pour d’autres cieux, d’autres se sont résignés au fait accompli ». M. Benbitour considère en outre que l’élite a perdu l’opportunité d’émerger en quelque sorte. Pis encore, « elle est privée de devenir le levier de croissance du pays. A propos de la diaspora, le conférencier a estimé qu’elle a un rôle à jouer, autrement dit, de contribuer à l’essor du pays sans pourtant être en Algérie grâce aux technologies de l’information et des communications (TIC).
Soulignons que les débats se sont focalisés autour de la nécessité de changement de mode de gouvernance et dont Benbitour insistera sur le fait qu’elle ne peut se faire en continuant de marginaliser l’élite qui, « au contraire, peut être d’un apport considérable en vue d’épargner au pays des situations douloureuses », a-t-il conclu. n