Pour leur première mobilisation de 2019, les Gilets jaunes ont occupé des lieux symboliques à Paris et en région. Une journée test alors que le gouvernement parlait d’un mouvement en perpétuelle baisse depuis son lancement en novembre.

Pour cette première mobilisation de l’année 2019, les Gilets jaunes se sont donné rendez-vous dans des lieux symboliques, insensibles aux concessions de l’exécutif et au grand débat national qui doit s’ouvrir à la mi-janvier pour faire émerger des revendications.
Pour cette huitième «manif», les «Gilets jaunes» se sont rassemblés dans plusieurs villes françaises, dans l’espoir de peser sur le gouvernement qui dénonce des velléités «d’insurrection» et réclame le retour à l’ordre. Pour cette première mobilisation de l’année 2019, les «Gilets jaunes» ont appelé à manifester en province et à Paris.
Pour rappel, ces Français issus des classes populaires et moyennes dénoncent depuis le 17 novembre la politique fiscale et sociale du gouvernement, qu’ils jugent injuste, et réclament également plus de pouvoir d’achat. Les manifestants sont restés insensibles aux concessions annoncées par le président Emmanuel Macron (annulation pour 2019 de la hausse de la fiscalité des carburants, mesures pour améliorer le pouvoir d’achat pour un coût évalué à 10 milliards d’euros, débat national qui doit s’ouvrir à la mi-janvier pour faire émerger des revendications).
Essoufflement
ou renouveau ?
Cet «acte VIII» sera un test pour ce mouvement de contestation populaire inédit qui fait vaciller l’Exécutif en France depuis un mois et demi mais qui a donné de légers signes d’essoufflement dans la rue ces dernières semaines.
Dans la capitale française, deux principales actions ont été déclarées: une marche est parti de la place de l’Hôtel de Ville en début d’après-midi pour rallier l’Assemblée nationale et un rassemblement a lieu sur l’avenue des Champs-Elysées, haut lieu de contestation lors des précédents week-ends. Entre 500 et 600 personnes étaient rassemblées en milieu de matinée dans le calme sur la célèbre artère, non loin de l’Arc de Triomphe, et tenaient une assemblée générale.
«On va manifester ici tous les samedis, ça va continuer tout 2019», déclamait dans un mégaphone Sophie, une des figures de ce groupe. Plusieurs d’entre eux ont fini par investir la chaussée aux cris de «Macron démission», allumant quelques fumigènes et bloquant la circulation. C’est à proximité des Champs-Elysées qu’Eric Drouet, figure controversée du mouvement, avait été interpellé mercredi soir et placé en garde à vue une dizaine d’heures, provoquant l’indignation de l’opposition et de «gilets jaunes».
Près Panthéon à Paris, une vingtaine de personnes se sont réunies dans la matinée en «hommage aux victimes» mortes sur les ronds-points en marge des mobilisations. Dix personnes sont décédées (très majoritairement dans des accidents de la route) depuis le début de la contestation et plusieurs milliers ont été blessés aussi bien du côté des manifestants que des forces de l’ordre.
«Macron démission»
Ailleurs en France, les rassemblements se déroulaient aussi dans le calme, notamment à Lyon (centre-est) et Grenoble (est). Dans l’Oise (nord), environ 300 personnes marchaient vers l’aéroport de Beauvais dans la matinée, selon les autorités régionales. Les forces de l’ordre les empêchaient d’accéder au site, sans faire usage de gaz lacrymogène. A Rouen (nord-ouest), au moins un millier de manifestants, dont des familles et des adolescents, marchaient en criant «Macron démission».
Lors de «l’acte VII» du 29 décembre, 12.000 manifestants avaient été recensés en France à midi, d’après le ministère de l’Intérieur qui n’avait toutefois pas donné de chiffre global à la fin de la journée. Le ministère en avait dénombré 38.600 le 22 décembre et surtout 282.000 le 17 novembre. Fragilisé par cette contestation inédite, Emmanuel Macron avait annoncé le 10 décembre une série de mesures, notamment une hausse de 100 euros des salaires au niveau du Smic, et promis dans ses voeux du 31 décembre un retour à «l’ordre républicain». Mais il n’est pas parvenu à éteindre la fronde.
«La colère va se transformer en haine si vous continuez, de votre piédestal, vous et vos semblables, à considérer le petit peuple comme des gueux», prévient ainsi le collectif de «Gilets jaunes» dans «La France en colère», une lettre ouverte au président français diffusée jeudi soir. Face à cette détermination, le gouvernement a durci le ton contre les «gilets jaunes» encore mobilisés. «(Le mouvement), pour ceux qui restent encore mobilisés, est devenu le fait d’agitateurs qui veulent l’insurrection et, au fond, renverser le gouvernement», a estimé vendredi dernier Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement.
Dans une tribune publiée dans
Le Monde, le secrétaire d’Etat chargé du numérique Mounir Mahjoubi voit dans le mouvement «une chance pour la France» et appelle les membres de la République en Marche (LaRem) à ne pas s’enfermer «dans une représentation biaisée» des manifestants.
En baisse depuis quelques semaines, la mobilisation de samedi sera scrutée de près par un exécutif désireux de reprendre la main en dépit d’un contexte social encore tendu et de récentes révélations sur Alexandre Benalla. La tâche s’annonce délicate. Dix-neuf mois après l’élection d’Emmanuel Macron, 75% des Français se disent “mécontents” de l’action menée par le gouvernement, soit 16 points de plus qu’en avril dernier, selon un sondage Odoxa Dentsu consulting publié jeudi.
Dans ce contexte, l’issue du «grand débat national» et la réponse qu’apportera le gouvernement s’annoncent cruciaux. «J’invite l’ensemble de nos concitoyens à y participer activement et à faire entendre leurs voix, c’est important dans cette période», a déclaré Benjamin Griveaux, à l’heure où plusieurs figures des «Gilets jaunes» refusent de participer à ce qu’ils considèrent être «un piège politique». n