La filière ovine tire la sonnette d’alarme. Et comment ne pas le faire depuis que l’épidémie, qui affecte le cheptel, s’est propagée à une vitesse inquiétante et que les services vétérinaires ont avoué en filigramme que le virus à l’origine de la contagion n’a pas été encore identifié. Condition sine qua non pour passer à la vaccination. Et quand bien même cela se fera incessamment, les vaccins spécifiques n‘arriveront pas de si tôt dans la mesure où il faudra passer commande auprès d’un laboratoire international.

En somme, les éleveurs devront encore s’armer de patience en attendant de vacciner leurs bêtes. Mais pour combien de temps ? Il s’agit de vacciner tout le cheptel ovin national, qui compte, selon les dernières estimations, près de 28 millions de têtes, dans les plus brefs délais au risque d’enregistrer d’autres décès en nombre plus important par rapport au bilan actuel de 2 000 décès, selon les déclarations du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche Abdelkader Bouazghi.
Ce que redoute fort la filière. On peut aussi se demander si les services vétérinaires vont disposer en nombre suffisant de vaccins et, le cas échéant, des moyens humains nécessaires pour immuniser tout le cheptel ovin en un temps record, car le temps presse. « A défaut, nous irons tout droit vers la catastrophe, alors autant faire dans l’urgence et de prendre les décisions qui s’imposent », lâchent des docteurs vétérinaires interpellés sur la question.
D’autres avancent que d’ici l’arrivée des vaccins « au courant de ce mois », comme annoncé par le ministre jeudi dernier à partir de Djelfa, il faudra passer à des mesures drastiques qui consistent à fermer tous les marchés à bestiaux et interdire le déplacement des bêtes d’un coin à un autre jusqu’à l’éradication complète de l’épizootie.
Et d’ajouter dans ce sens que « ces mesures sont impératives à mettre en place si l’on veut freiner la propagation du virus ». Des mesures pas tout à fait du goût des acteurs du circuit de la distribution car ses derniers ne pourront s’approvisionner en viande
rouge en quantité nécessaire tant que les abattoirs seront privés d’animaux. On peut en déduire que l’épizootie, qui sévit actuellement, «n’aura pas seulement des répercussions négatives chez les éleveurs mais aussi chez les acteurs de la distribution de la viande rouge fraîche».
Pour de nombreux observateurs, «à moins d’un miracle, c’est une catastrophe aussi bien sanitaire qu’économique qui s’annonce». Et d’arguer dans ce sens que si ce scénario venait à avoir lieu, le prix des viandes va exploser du fait d’une rareté inévitable ou, au contraire, pendant un temps, les prix vont baisser au maximum, parce que l’abattage deviendra une nécessité pour éviter les décès des bêtes. Et ainsi ce sont des milliers d’éleveurs qui vont aller à la faillite».
Par ailleurs, il faut savoir que pour l‘heure, du côté des services vétérinaires auprès du ministère de l’Agriculture, c’est le branle-bas de combat tant de nouveaux foyers de contagion ont été découverts mais, selon nos sources, cette structure tarde à se prononcer sur l’origine de la contagion. «On ne sait pas pourquoi on tarde à l’identifier, puisque tout le monde sait que c’est la peste des petits ruminants (PPR) », nous ont affirmé des docteurs vétérinaires que Reporters a pu joindre par téléphone. Pour ces derniers, «rien ne sert de se voiler la face, la PPR est arrivée ». Comme ils nous ont fait savoir à l’unanimité que «cette maladie très contagieuse n’a jamais affecté le cheptel algérien ovin et caprin».
Toujours d’après nos interlocuteurs, «la contamination provient d’un cheptel infecté qui serait entré illégalement à partir de nos frontières Ouest.
C’est une maladie virale, où la mortalité touche aussi bien le fragile agneau que la brebis, qui vient essentiellement de quelques pays africains de l’Ouest et qui s’est manifestée chez nous après une remontée de la Mauritanie, puis du Maroc. ». A noter que le docteur vétérinaire Abdelaziz Chadli, qui a travaillé dans un laboratoire international, nous a fait part que des prélèvements ont été envoyés à un laboratoire de référence en Angleterre pour une identification du virus qui fait des ravages parmi les ovins. Pour ce dernier, « c’est la fièvre aphteuse, il n’y a pas de doute, mais il s’agit maintenant d’identifier le sérotype.
Est-ce que c’est le O, le C ? On n’en sait rien pour le moment. Mais, selon mon expérience, les symptômes et les données sur le terrain, apparemment, c’est le A et le O ». Autrement dit « le virus de fièvre aphteuse est en train de muter. Des fois, c’est le A, d’autres c’est le B ou le C ». Une hypothèse qui reste pour l’instant à confirmer.