Une « nouvelle étape » de la coopération culturelle entre l’Algérie et les Etats-Unis a été franchie jeudi dernier. Elle a été marquée par la signature d’un « mémorandum d’entente » entre les deux parties afin de permettre à la chorale polyphonique Morehouse College, célèbre établissement universitaire créé en 1867 à Atlanta dans l’Etat de Géorgie, et à l’Institut national supérieur de musique (INSM) d’établir des échanges de programmes pédagogiques, d’enseignants et de programmer des concerts de musique de part et d’autre.

Le document signé par Uzee Brown, côté américain, et Abdelkader Bouazzara, côté algérien, a été salué par l’ambassadeur des Etats-Unis et le ministre de la Culture. M. John P. Desrocher, qui s’est exprimé quelques minutes avant le concert donné au TNA par le collectif du collège géorgien, a déclaré son « plaisir » de voir les établissements américain et algérien signer une entente destinée à la formation dans les domaines culturel et musical. « Nous pensons que nous pouvons travailler ensemble et accomplir de grandes choses », a ajouté le représentant du gouvernement américain à Alger. Pour sa part, Azzedine Mihoubi a estimé que l’accord symbolise une nouvelle étape dans la collaboration entre les deux pays. « La coopération culturelle avec les Etats-Unis a atteint un niveau important », a-t-il affirmé en rappelant que « les Etats-Unis ont pris part à plusieurs événements organisés par le ministère de la Culture ». Et qu’« aujourd’hui, nous arrivons à la formation dans le domaine de la musique et des arts ». Le ministre de la Culture a ajouté que le mémorandum ouvre également la voie à des opportunités d’étude aux Etats-Unis pour les étudiants algériens. « Cette expérience est réussie et nous aimerions la continuer », a-t-il poursuivi en faisant allusion au programme accompli par la chorale du Morehouse College qui, en plus des concerts donnés à Alger et Tizi-Ouzou, a eu des discussions et des échanges avec des professeurs et des étudiants du cru. Pour Abdelkader Bouazzara, « une telle coopération approfondit les relations entre les deux pays ». Le concert de la chorale du Morehouse College au TNA a eu lieu après celui organisé la veille à Tizi-Ouzou. Durant près de deux heures de spectacle, il a permis au public de mesurer le talent de ce collectif de choristes – près d’une trentaine- et d’apprécier un répertoire comme on n’en entend peu sous nos cieux. La « fusion » réalisée par les musiciens de l’Institut national supérieur de musique a été longuement applaudie. Elle a permis d’interpréter des morceaux de chants du patrimoine algérien, du Sud et de la Kabylie notamment, ainsi que des pièces de la musique noire américaine.
«Informer les étudiants algériens sur les opportunités d’aller étudier aux Etats-Unis»
D’ailleurs, à Tizi Ouzou, le spectacle, qui a eu lieu au Théâtre régional Kateb-Yacine, s’est déroulé en présence d’un public nombreux qui a chaleureusement applaudi la performance lyrique des choristes de The Morehouse College Glee Club qui ont interprété plusieurs morceaux de leur répertoire, allant des compositions appartenant au patrimoine afro-américain (le gospel, l’un des dérivés de cette musique de type vocale et sacrée née chez les esclaves noirs des Etats-Unis au XIXe siècle) aux arrangements de musique populaire moderne. Au programme, qui s’est déroulé en plusieurs parties, figure la célèbre «We Shall Overcome», une chanson de gospel qui est devenue une chanson de protestation et un hymne clé du mouvement des droits civiques américains. C’est aussi un clin d’œil et un hommage au leader de la lutte antiracisme contre les noirs, Martin Luther King, qui était aussi l’un des pensionnaires de Morehouse College. Mais le clou du spectacle aura été, sans doute, l’interprétation en duo avec la chorale de l’Institut national supérieur de musique d’Alger (Insma), «Ah ay azarzour» (kabyle) et «Ghoumari» (rythmes Gnawy), deux standards du patrimoine musical algérien. En parallèle et avant le début du concert, des portes ouvertes sur les études aux Etats-Unis ont été organisées au hall du Théâtre régional Kateb-Yacine. Les représentants de la chancellerie américaine s’étaient mobilisés pour «informer les étudiants algériens sur les opportunités d’aller étudier aux Etats-Unis». «Les inscriptions sont toujours en cours pour les étudiants désirant s’inscrire», ont-ils indiqué. «Le manque d’informations ou la diffusion d’informations erronés est une entrave qui a empêché les étudiants algériens d’accéder aux universités américaines, d’où la décision d’entreprendre cette démarche de vulgarisation», ont-ils expliqué sur place. «Notre projet est d’encourager les étudiants algériens à aller continuer leurs études aux Etats-Unis», ont-ils ajouté, informant que des bourses d’études sont octroyées chaque année aux étudiants algériens en master et doctorat, une opportunité. L’ambassade des Etats-Unis en Algérie propose chaque année un vingtaine de programmes d’échanges.
Fondée en 1911, la chorale du Glee club regroupe des étudiants de Morehouse Collège (Atlanta, capitale de l’État de Géorgie), une université privée créée en 1867 afin d’offrir une éducation supérieure aux Américains de couleur noire qui n’avaient pas encore accès aux universités réservées aux blancs dans les Etats du sud à cause des lois ségrégationnistes de l’époque.