Rebondissement inattendu. La scène politique fait un grand virage dans les débats qui précèdent l’élection présidentielle. Cette dernière, qui a tenu en haleine l’ensemble des acteurs politiques durant le dernier trimestre de l’année 2018, aura lieu, sauf surprise de dernière minute, dans les délais constitutionnels, soit en avril prochain. Le ton est donné en début de semaine par les partis de la majorité présidentielle qui, tour à tour, ont réorienté leur discours pour parler, à mots codés, d’un cinquième mandat de l’actuel président, Abdelaziz Bouteflika.

Le coordinateur de l’instance dirigeante du FLN, Mouad Bouchareb, a laissé entendre que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, convoquera le corps électoral dans 25 jours, Amar Ghoul, président de TAJ, a nié avoir appelé au report de la présidentielle, soutenant que la conférence de consensus inclusive pourrait se tenir après l’échéance, alors qu’Ahmed Ouyahia, patron du RND, a expliqué que son parti attendait toujours la réponse de Bouteflika à l’appel qu’il lui a lancé pour poursuivre son œuvre.
Ainsi, pendant que la voie se précise pour les partis du pouvoir, ceux de l’opposition se perdent de plus en plus. A supposer que la présidentielle ait lieu dans trois mois, que fera l’opposition qui, il faut l’admettre, ne semble pas avoir été préparée à ce scénario ? C’est une question qui s’impose d’autant que certains acteurs de ce camp s’entêtent à défendre des options déjà dépassées par les nouveaux rebondissements. On parle surtout d’Abderrezak Makri, qui continue d’insister sur le report de la présidentielle et la tenue d’une conférence de consensus. Depuis la wilaya de Sétif, où il animait mardi un meeting, Makri a réitéré son appel à la classe politique à réaliser le consensus estimant que «rien ne va plus dans ce pays».
Le président du MSP dit n’avoir pas compris comment, au début, son initiative était presque acceptée de tous, avant que le vent ne tourne pour baliser le terrain à un 5e mandat. A ce stade, l’homme, qui a occupé la scène médiatique ces derniers mois, est apparemment perdu. C’est aussi le cas de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), qui ne s’est pas encore exprimée définitivement sur sa candidature. Son appel à des législatives anticipées et à l’élection d’une Assemblée constituante n’a pas été entendu.
Dans son ensemble, l’opposition semble avoir été piégée par le pouvoir. Et pour cause, il est difficile à ses principaux acteurs de préparer une candidature en deux à trois mois seulement. En effet, l’inscription de certains dans des scénarios autres que la tenue de l’élection dans ses délais a faussé les calculs. Désormais, se rendre à cette nouvelle évidence et décider de participer au scrutin ne leur conférera pas de crédibilité. Comment vendre sa candidature à l’élection présidentielle lorsque, auparavant, on a appelé à son report ? C’est un dilemme.
Le piège dans lequel sont tombés Makri et Hanoune est pareil à la situation dans où se trouvent d’autres chefs de parti, comme Ali Benflis de Talaie El Hourriyet et Mohcine Belabbas du RCD. Ces derniers se sont presque effacés du débat politique, tout comme le FFS, qui ne fait pas de la présidentielle une priorité.
Quel «plan B» auront les partis de l’opposition face à ceux du pouvoir regroupés désormais autour de la candidature de Abdelaziz Bouteflika ? Entrer dans la course avec un candidat commun est un rêve qui ne se réalisera pas, du moins pas pour cette élection. Les dissensions et les tirs des uns contre les autres ne plaident pas en faveur de cette option. Reste l’autre choix, faire cavalier seul pour ceux qui veulent coûte que coûte se donner la posture de présidentiable. Mais là, les chances sont tellement minimes que prendre part à l’élection serait interprété comme un deal à jouer le lièvre dans un scrutin perdu d’avance. C’est dire l’impasse dans laquelle se trouve l’opposition, longtemps enlisée dans un débat qui ne reposait finalement sur aucun argument solide, pronostiquant, tour à tour, sur le report, l’annulation de l’élection, voire le prolongement du mandat. Résultat : à quelques semaines de la présidentielle, personne ne s’y est préparé ! n