Le premier jour de l’année 2019 est manifestement porteur d’une indication de taille à valeur de décantation qui annonce la tenue de l’élection présidentielle dans son délai constitutionnel, à savoir au mois d’avril prochain.

L’annonce vient d’être faite hier par Amar Ghoul, président du parti Tadjamou Amel Al-Djazaïr (TAJ), pourtant promoteur d’une initiative politique qui suggérait une relégation de ce rendez-vous au second plan, préférant «un consensus national», à travers une conférence nationale sous l’égide du président de la République.
L’initiative de Ghoul, lancée alors que son parti préparait ses assises organiques, n’avait pas manqué de susciter des interrogations sur un probable réaménagement de l’agenda électoral. Des interrogations accentuées par l’autre offre politique émanant d’Abderazak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP). Ce dernier proposait et défendait un report de la présidentielle, ce qui a ouvert la voie à une kyrielle de supputations sur la tenue ou pas de ce rendez-vous.
Mais voilà que le chef de TAJ, membre de l’alliance présidentielle que composent aussi le FLN, le RND et le MPA, signe la mort de sa propre initiative en déclarant, depuis hier, solennellement, et sur le ton de la certitude la tenue de la présidentielle dans les délais prévus par la loi. Autrement dit : l’initiative de Ghoul, qui n’a fait qu’ajouter de la confusion à une scène politique qui n’en manquait pas, n’aura duré que quelques semaines.
Le chef de TAJ, transfuge du MSP et longtemps ministre de plusieurs départements, s’est-il lancé dans un exercice qui le dépasse ? Son initiative est-elle à considérer comme un ballon-sonde pour une classe politique qui se cherchait une visibilité à l’aune d’une élection présidentielle qui suscite encore moult interrogations ? S’est-il rendu compte que son initiative aurait pu ne pas être portée par l’alliance de la majorité présidentielle ? Autant de questions que l’on peut légitimement se poser à la faveur de la volte-face signée Ghoul. Mais visiblement le propos de Ghoul conforte celui, tenu 48 heures auparavant, par Ahmed Ouyahia, qui s’exprimait au nom du Rassemblement national démocratique (RND) au soir de l’annonce des résultats provisoires des élections sénatoriales dans lesquelles son parti a été nettement dominé par le FLN.
Interrogé en effet sur la position de son parti quant à la tenue ou pas de la présidentielle à la date prévue par la loi, le Secrétaire général du RND a rappelé l’attachement de son parti au respect du calendrier constitutionnel estimant qu’il n’y aurait pas un motif qui justifierait la tenue de la présidentielle au mois d’avril prochain. «Nous avons appelé le président de la République pour se porter candidat et nous sommes dans l’attente», a soutenu le chef du RND, ce qui revient à comprendre que la présidentielle 2019 aura bel et bien lieu dans les délais.
Et cette convergence de propos entre Ahmed Ouyahia et Amar Ghoul ne confirme pas seulement la tenue de la présidentielle au mois d’avril prochain, mais elle élimine, de facto, les initiatives portées sur la place publique par divers acteurs politiques, celle de Ghoul en premier lieu.
Mais pas uniquement, puisque même le FLN, qui réaffirmé son soutien au président de la République, avait affirmé samedi dernier que la question de la présidentielle serait tranchée dans 25 jours à l’occasion de la convocation du corps électoral, tout en taclant au passage le Taj, sans le nommer : « Le FLN est le seul qui peut réunir dans le cadre d’un dialogue national tous les partis, tous les courants ainsi que toutes les sensibilités politiques nationales. Notre démarche est plus large que ce qui est appelé conférence nationale ». Le chef de TAJ est ainsi rappelé à sa juste taille sur la scène politique, voire même au sein de l’Alliance présidentielle dans laquelle il a cru pouvoir tenir le rôle de leader devant le FLN et le RND.
Les résultats du renouvellement partiel des membres du Conseil de la nation consacrant l’ancien parti unique, suivi de loin par le RND, viennent visiblement attester du poids de chaque formation dans un échiquier politique méconnaissable.
Le TAJ qui aura ainsi occupé une place de choix en cette période préélectorale pleine d’incertitudes et de supputations devrait reprendre son véritable rôle de parti d’appoint au sein de l’alliance présidentielle et non celui de la locomotive auquel tient sans doute le FLN plus que jamais renforcé par les résultats des sénatoriales.n