Abominé par les Occidentaux et les pays du Golfe, le gouvernement syrien semble aujourd’hui plus que jamais proche d’un retour en force dans la région, près de huit ans d’une guerre dévastatrice aux répercussions mondiales. Cette guerre, qui s’est compliquée au fil des ans avec l’implication de puissances étrangères qui avaient favorisé des groupes extrémistes pariant sur la chute du régime, a fait depuis plus de 360 000 morts et des millions de réfugiés.

Mais l’intervention militaire cruciale de l’allié russe depuis 2015, celle de l’Iran et du Hezbollah libanais ont fait en sorte que cette guerre ne se termine pas en éclatement du pays. Les alliés pro-Damas contrôlent aujourd’hui près des deux-tiers du pays après en avoir chassé les extrémistes et mit en échec les desseins d’une partition de la Syrie.  L’alliance syrienne semble bien partie pour reprendre la globalité du territoire. Le 19 décembre et à la surprise générale, le président Donald Trump annonce le retrait prochain des forces américaines de Syrie, signifiant de facto la perte de cette guerre. Et confirmant la victoire du camp qui a résisté à la déferlante qui voulait détruire la Syrie. Les Kurdes se sont alors retournés vers l’armée syrienne, qui s’est déployée pour la première fois en six ans autour de Minbej face aux menaces d’une offensive de la Turquie pour qui la question kurde relève du stratégique. Le fait que les Kurdes cherchent une alliance avec le gouvernement syrien constitue un nouveau succès pour Damas. Et ouvre des perspectives du retour des kurdes sous le sceau de l’Etat syrien avec probablement des arrangements sur certaines spécificités. Outre les secteurs kurdes, la région d’Idleb échappe toujours au contrôle du gouvernement syrien. Elle est aux mains de groupes extrémistes favorisés au début de la guerre par la Turquie avec l’accord tacite des Occidentaux et des pays du Golfe. Un accord russo-turc y a permis une trêve. Moscou et Ankara semblent aussi les grands gagnants du retrait américain. 
Un signal aux pays arabes
La décision de retirer les forces américaines semble également avoir envoyé un signal aux pays arabes pour discuter avec Damas qui semble aujourd’hui revenir de loin. En décembre, les Emirats arabes unis ont rouvert leur ambassade à Damas, Bahreïn a fait état de la reprise du travail dans sa chancellerie et le président du Soudan Omar Béchir a effectué la première visite à Damas d’un chef d’Etat arabe depuis 2011. Les Emirats et Bahreïn sont des proches alliés de l’Arabie saoudite qui fut l’un des principaux détracteurs de Damas et a soutenu la déstabilisation de la Syrie pendant des années. La Syrie avait été suspendue de la Ligue arabe en novembre 2011 malgré la réticence de l’Algérie, l’Irak et de Beyrouth. Selon un diplomate arabe à Beyrouth cité par l’AFP, il y a une inédite « ouverture en direction de Damas». Selon lui, les «Emirats ont reçu le feu vert du royaume saoudien pour rouvrir leur ambassade», signe que Riyad pourrait s’engager dans cette voie, difficile mais obligé. Et selon, un haut responsable irakien Baghdad joue les médiateurs pour le rétablissement des liens entre Damas et le Qatar. Une participation de la Syrie à un sommet économique de la Ligue arabe, les 19 et 20 janvier prochain à Beyrouth, est en cours de négociation, à trois mois du sommet annuel arabe en Tunisie. D’après des articles de presse l’Egypte, où le haut responsable des services de sécurité syriens Ali Mamlouk s’est rendu le 22 décembre, est favorable à un retour de la Syrie à l’organisation panarabe. Reste à savoir si Damas le voudrait bien. Certains pays arabes avaient tout misé sur la destruction de la Syrie de Assad. Cette dernière leur pardonnera-t-elle cette forfaiture ? En tout cas, c’est au travers de la reconstruction de la Syrie, où le coût est estimé par l’ONU à quelque 400 milliards de dollars, que se fera ou pas un nouvel équilibre dans ce Moyen-Orient, décidément bien compliqué.