En dépit du riche potentiel écologique, patrimonial, thermal, paysager et culturel dont dispose la région de Ouargla qui s’étend sur une superficie de 163 233 km2, le tourisme demeure encore léthargique. Les responsables locaux du secteur demeurent toutefois optimistes et parlent d’une « relance » attendue après les investissements consentis par le privé, notamment dans le domaine des infrastructures d’accueil, dont le déficit a longtemps handicapé le développement du tourisme dans la région.

 

« La réalisation des projets d’investissement privé, comme les hôtels, motels, villages touristiques, parcs aquatiques et d’attractions, va permettre de surmonter ces obstacles», affirme à Reporters Abdallah Belaïd, directeur du tourisme à la wilaya. Selon lui, «40 projets ont reçu le feu vert du ministère du Tourisme, alors que 22 projets sont en cours de réalisation». Ces réalisations en cours d’achèvement sont réparties entre Ouargla, Touggourt et N’goussa. Une fois terminé, elles contribueront au renforcement de la capacité d’hébergement de 1 700 à 2 100 lits environ d’ici fin de 2019, précise le responsable du secteur à Ouargla.
Au chef-lieu de wilaya, trois hôtels, d’une capacité d’environ 1 000 lits, seront réceptionnés durant le premier trimestre de 2019. L’ouverture de ces structures va résoudre définitivement le problème de l’hébergement, assure le directeur du tourisme qui ajoute qu’avec la rénovation de la route nationale 49 qui traverse le centre-ville, le «pouvoir de captation» va augmenter grâce à la présence d’activités commerciales aux abords de la RN, tout le long du trajet menant vers la ville (20 km).
Le dessein, selon Abdallah Belaid, est d’attirer la clientèle de passage, allant à Hassi Messaoud et qui n’y trouve pas les services qu’elle souhaite. Il est surtout question de créer dans la ville même un environnement susceptible d’en faire une destination à part entière, d’autant qu’on commence à assister à l’émergence d’une activité importante en matière d’hôtels, restaurants, commerces en tous genres, et des perspectives prometteuses en matière d’emploi dans une région où ce dossier est synonyme de crise et de fortes crispations sociales.
Nouvelle tendance, le tourisme a la ferme ou l’agritourisme
Outre le tourisme urbain classique, les responsables locaux parient sur l’exploitation touristique des fermes agricoles, à charge d’aller chercher la clientèle sensible à ce type de produit. Les défenseurs de cette filière ont un modèle : Ghardaïa ! Pour eux, si l’agritourisme devient très prisé par les touristes dans le M’Zab, il peut l’être aussi dans le bassin de Ouargla même si cette activité y demeure peu connue en raison de l’absence d’un réseau associatif et entrepreneurial engagé. On considère que l’exemple de Touggourt où il existe une ferme qui reçoit des visiteurs pour de courts séjours peut être étudié et amélioré sur place, mais aussi sur tout le territoire de Ouargla où le potentiel existe. «La cuisine, les traditions, l’artisanat, le milieu naturel, tous ces éléments existent pour qu’on aille vers des formules de séjour chez l’exploitant-agriculteur», croit savoir Abdallah Belaid.
«C’est aussi un relais de croissance majeur pour les agriculteurs», explique-t-il en rappelant que beaucoup d’entre eux investissent dans l’aquaculture et la pisciculture et «qu’il existe une clientèle pour ça». L’encouragement de l’agritourisme, poursuit-il, «fait objet de discussions entre le secteur du tourisme et le ministère de l’Agriculture. Les activités d’hébergement à caractère touristique (gîtes ruraux, bungalows et auberges à la ferme), précise-t-il, ne sont pas considérées comme des activités nécessaires à l’exploitation agricole. Seuls les agriculteurs disposant d’actes de propriété peuvent adopter cette forme de tourisme.» Première cible possible pour ce type d’activité touristique, les visiteurs d’affaires qui séjournent à Hassi Messaoud et qui transitent régulièrement par l’oasis pétrolière distante de 80 km de Ouargla. Le manque d’hôtels et de structures d’accueil et d’hébergement, conséquence du gel des projets d’investissement à Hassi Messaoud, est perçu comme une opportunité à saisir, au moins avant l’achèvement de la nouvelle ville. «Environ 4000 étrangers de différentes nationalités se trouvent au niveau des bases de vie, on peut les inciter à sortir des zones industrielles où ils se concentrent et faire du tourisme original si on s’y prend bien», nous dit un opérateur local.
Ecotourisme et tourisme religieux aussi
Outre l’agrotourisme, le développement de l’écotourisme notamment dans les zones humides de la région suscite l’appétit de nouveaux investisseurs. Le lac Hassi Benabdallah a bénéficié, par exemple, de quatre projets. Deux sont en cours de réalisation et un, projet financé par la direction de l’environnement, en phase finale, selon Abdallah Belaid. Les zones de Témacine, Mégarine, Aïn Sahra et Morjaja, dans la vallée d’Oued Righ, ont bénéficié de plusieurs projets de développement touristique. La zone d’expansion touristique (ZET) de Témacine a bénéficié d’un grand projet réalisé par le ministère des Ressources en eau et dont l’étude d’exploitation du site est achevée, mais la zone attend toujours la viabilisation, explique le directeur. Cette étude, qui consiste à définir les façons d’exploiter ces zones et les équipements convenants, est effectuée par l’Agence nationale de développement du tourisme Andt.
« Les demandes d’investissement sont énormes pour ce lac. Le lancement des projets ne se fera qu’une fois la viabilisation accomplie », dira-t-il.
Pas loin, à 30 km environ, se situe le lac de Mégarine, niché en plein palmeraies. Il constitue depuis trois ans la destination de choix pour les habitants de la région de Touggourt en quête de rafraïchissement et de détente, notamment après l’aménagement des rives et la création d’espaces pour accueillir les familles.
L’étude menée par l’Andt concernant l’exploitation de la ZET Aïn Sahra est terminée. Six investisseurs ont été retenus pour l’exécution des projets qui seront lancés juste après la viabilisation qui nécessite, selon le directeur de tourisme, une enveloppe importante pouvant atteindre les
50 milliards de dinars. Une salle des fêtes et un hôtel sont déjà construits en plus de quatre autres hôtels en cours de réalisation. Pour la zone de Morjaja, l’étude est encore engagée, a-t-il ajouté.
Par ailleurs, Ouargla dispose d’un autre atout : la présence de nombreux sites historiques, lieux religieux et mausolées. Cependant, ce secteur souffre toujours d’un manque cruel d’infrastructures qui empêchent le développement de l’ensemble de ses potentialités, dans un contexte où l’afflux de visiteurs et pèlerins nationaux et internationaux ne cesse de croître, d’une année à l’autre, révèle le directeur du tourisme. Dans la région, on compte plusieurs lieux religieux dont deux fortement visités. Il s’agit de la zaouïa Tidjania à Témacine (Touggourt) et de celle d’El Kadria à Rouissat (Ouargla). La zaouïa Tidjania de Touggourt, à elle seule, draine des milliers de visiteurs chaque année qui peuvent animer l’activité touristique locale.n