Le retrait des forces américaines de Syrie continue de susciter moults analyses et commentaires sur ses tenants et ses aboutissants. Bien que les Américains soient toujours présents dans cette partie du monde particulièrement complexe, cette décision de Donald Trump

pourrait bien avoir des conséquences sur le futur des équilibres en présence. Pour Abdelhamid Si Afif, président de la commission des affaires étrangères à l’APN « plusieurs considérations ont fait que Donald Trump ait décidé de retirer ses troupes de la Syrie. Cependant, il ne faut pas oublier que les Etats-Unis avaient déjà réduit leurs présences en Afghanistan. La présence des forces américaines en territoire étranger coûte très cher au budget de l’Etat sans que cela ne lui rapporte quelque chose de bénéfique en contrepartie», dira-t-il. La présence étasunienne en Syrie a également connu des revers «dans le sens où ils ne contrôlent plus les segments qu’ils contrôlaient auparavant et ce après l’offensive menée par le triptyque Russie-Turquie-Iran. Et ce qu’il faut souligner est que le président des Etats-Unis est un calculateur qui évalue les avantages et méfaits avant de prendre de décisions », ajoutera-t-il. Concernant la question des zones kurdes en Syrie, il estimera que « la Turquie a des positions tranchées, claires et précises, Erdogan fait sa propre politique et la Turquie ne laissera à aucun moment de l’espace ou une marge de manœuvre pour les Kurdes en Syrie ». Pour Salim Kelala, politologue et enseignant à la faculté d’Alger III, la décision de Trump n’est pas spontanée ou fortuite comme peuvent l’interpréter certaines parties. « Elle est au contraire réfléchie et bien étudiée par les différentes institutions américaines (Pentagone, Maison Blanche), on ne peut, par ricochet, la considérer comme une décision personnelle du président Trump, mais elle est une décision qui provient d’institutions américaines qui ont jugé que les Etats-Unis ne devraient plus prolonger leur présence en Syrie. Ce retrait exigera de la Turquie et de la Russie de dépenser financièrement davantage pour faire face à la menace terroriste, car le groupe terroriste Daech ne va pas cesser d’exister dans l’immédiat. Un fait qui pourrait affaiblir les deux Etats russe et turc. Quant aux Kurdes, ils vont faire face à la Turquie et la Syrie sans la couverture américaine». De son côté, le politologue Mohamed Arezki Ferrad paraphrase Winston Churchill qui avait dit «qu’il n’y a pas d’amitié entre les peuples, mais des intérêts entre Etats». Pour lui, Donald Trump et les Etats-Unis se sont toujours positionnés en faveur des kurdes de Syrie.

«Une position qui n’est pas du goût de la Turquie de crainte que cette minorité n’obtienne l’autonomie. Et donner un mauvais exemple aux autres zones kurdes ». Pour Ferrad « à travers ce retrait, les Etats-Unis ont sacrifié et délaissé les Kurdes. L’on se demande s’il n’y a pas d’accords secret conclu entre les présidents Erdogan et Trump.
En tout cas, la présence comme le retrait des Etats-Unis de Syrie va dans l’intérêt d’Israël. La destruction et la déstabilisation de la Syrie devaient garantir à Israël une stabilité sur un long terme. Et je me pose la question si cela ne va pas mener à un deuxième Sykes picot pour une partition de la Syrie. Pour le moment, la Turquie va disputer avec l’Iran le contrôle du Moyen-Orient », dira-t-il.