C’est un spectacle qu’on ne peut pas rater. Devant la Maison du peuple, siège nationale de l’UGTA, face au lycée El-Idrissi et les commerces mitoyens, ils sont des dizaines de bus touristiques à garer tôt le matin de cette journée du 28 décembre avant de faire le plein de passagers et prendre la direction de Tunisie.

Devant ces autocars, des passagers de tous âges qui attendent de prendre place. D’autres arrivent par vagues, déposées par des parents et des proches. Bagages en main, ils s’apprêtent à faire près d’un millier de kilomètres pour gagner les hôtels de la côte tunisienne pour les fêtes de fin d’année. En les regardant, point besoin de discours ni de commentaires : on comprend ce que c’est que le tourisme de masse et comment la Tunisie voisine en est devenue la grande destination pour les Algériens.
Devant l’imposante maison du Peuple, la mécanique est rodée : on arrive, on cherche le bus sur lequel se trouve la pancarte de l’agence de voyage auprès de laquelle on a acheté son séjour et on prend place après avoir déposé dans la soute ses bagages, légers pour les hommes, un peu lourds pour les femmes. D’un autocar à l’autre, de jeunes hommes dynamiques font le comptage des passagers et passent au contrôle avant le départ devant des passants visiblement peu accrochés. «Ici, été comme hiver, et même durant les longs week-ends, tout le monde a pris l’habitude de ces cars qui stationnent avant d’embarquer tout le monde pour Hammamet et Sousse». Forcément, ça n’étonne personne et même les flics, assurés du savoir-faire des voyagistes, ne bronchent pas. Ils suivent de loin le ballet humain avant qu’il ne s’ébranle en caravane. Cap à l’Est !
L’un des jeunes vacanciers d’hiver, le jeune Bencherif Ahmed, explique : «Je travaille dans les pneumatiques. D’habitude je voyage en fin d’année pour le Sud Algérien. Pour cette année, j’ai choisi la Tunisie pour changer d’air et découvrir de nouveaux endroits. Je vais à Sousse et plus exactement dans un hôtel 4 étoiles. Les prix y sont très abordables à hauteur de 30 000 dinars pour une durée de 4 jours en demi-pension ». Pour Bilal Boudjelal, qui a pris le car avec femmes et enfants, « il n’y a pas que la question des prix, il y a le service ! », s’exclame-t-il. « En Tunisie, et même pour un court séjour, je me sens réellement en vacances, je ne suis pas sûr que c’est le cas dans un hôtel du littoral (Bilal habite Douéra). «Dans notre pays, passer quatre jours dans un hôtel moyennement classé coûte très cher par rapport au service offert. Je n’ai pas envie de me réveiller le matin en me battant pour un petit déjeuner de qualité ou en espérant que le serveur ne me toisera pas du regard », ajoute-t-il
Exagération ? « Le service, en effet, n’est pas le point fort des opérateurs de l’hôtellerie touristique en Algérie ou alors ça a changé », intervient Nacéra, agent de bureau qui affirme que depuis quatre ans son réflexe est de faire « soit le Maroc, soit la Turquie, soit la Tunisie». «En décembre 2017, j’avais plus de moyens et je me suis offert Marrakech pendant quatre jours pour 140 000 dinars. C’était cher, mais c’était bien que de m’aventurer», lance-t-elle avant de s’engouffrer dans un bus. De la fenêtre, elle ajoutera en riant : « La Tunisie, c’est encore mieux parce que c’est moins cher et on sent le dépaysement». Nassim Izri gérant d’une agence de voyage à Alger du nom de «Bouazzara voyage », parle de « hijra » (migration ou exode ) vers la Tunisie. Ce grand départ s’explique selon lui par le fait «qu’en Tunisie on est tranquille et libre de ce qu’on veut faire dans un environnement de qualité avec des prix impossibles à Dzayer (Algérie). «J’ai cette année des clients pour Djerba à 30 000 dinars en chambre double et une soirée spécial réveillon». «J’emmène 25 clients, alors qu’il me faut au moins 30 ou 35 clients pour rentrer dans mes charges, mais je n’y peux rien, je dois quand même respecter mes engagements avec tout le travail et les locations que j’ai faits en Tunisie. La prochaine fois, je resterai à Hammamet et Sousse », ajoutera-t-il comme pour souligner que, cette année, même la destination Tunisie pour son offre «moyenne gamme » souffre de la crise.
Mais crise ou pas, le spectacle des bus en partance pour la Tunisie a de quoi faire des jaloux chez ceux qui défendent le tourisme domestique. Entre janvier et la mi-août 2018, 2,4 millions de touristes algériens se sont rendus en Tunisie.<