A deux jours de la nuit du 31 décembre au 1er décembre, pas facile de trouver un lit où dormir. A Ghardaïa, comme l’année dernière à la même époque, les hôtels de la ville affichent complet. Partout où vous allez, les réceptionnistes ont la même réponse : «Pas de place disponible jusqu’au début de l’année».

Leur leitmotiv signale deux phénomènes : le retour des touristes dans la région du M’zab en cette période où les vacances scolaires fait déverser des familles entières, et la faiblesse chronique des structures pour les accueillir convenablement. Nationaux et étrangers se débrouillent alors comme ils peuvent, en faisant des réservations très tôt à l’avance dès la fin du mois de novembre ou le début décembre à Ghardaïa-ville ou à Zelfana pour ses thermes ; ou en s’informant auprès des initiés pour disposer du précieux sésame qui mène aux « maisons traditionnelles » ouvertes par des privés qui n’ont pas attendu le retour de la sécurité et de la quiétude pour se préparer au reflux des touristes. Un cadre de la direction du tourisme à la wilaya nous dira que les touristes algériens et étrangers ont commencé à avoir des habitudes différentes. Généralement, les nationaux filent droits vers les thermes de Zelfana à 70 km du chef-lieu quand ils ne fréquentent pas les hôtels et les bungalows de Ghardaïa et de sa proche périphérie. Les étrangers, eux, préfèrent s’installer dans les maisons traditionnelles de la luxuriante palmeraie de Beni Izguène pour passer les fêtes de la Saint-Sylvestre. Très prisées, ces maisonnettes sont situées dans une dizaine de sites d’hébergement et réunies en de petites et moyennes résidences, elles-mêmes lovées dans de superbes jardins à proximité des palmeraies de Beni Izguène et de N’tissa. Ces lieux de vacances et de farniente hivernal sont d’autant plus appréciés qu’ils sont construits dans un strict respect des normes architecturales typiques locales. Pour le cadre de la direction du tourisme, ces maisons traditionnelles sont la preuve qu’on peut faire du tourisme intelligent en Algérie et dans le sud du pays « sans préjudice pour l’environnement architectural d’origine » et le « milieu naturel ». «L’engouement qu’elles suscitent est fondamentalement révélateur d’une réelle prise de conscience envers l’écotourisme », qu’il s’agit d’encourager davantage même s’il n’est pas accessible à toutes les bourses. Car il peut être le puissant moteur au secteur de l’artisanat qui a, lui aussi, un réel besoin de relance après avoir été mis sous l’éteignoir pendant des années, et obligé ses opérateurs à préserver le minimum d’activités.

L’hôtel du M’zab, un fleuron à l’abandon
En attendant les chiffres officiels de la saison touristique d’hiver, le regain d’intérêt pour la vallée du M’Zab ne parvient pas à dissimuler l’impact des dégâts occasionnés à des ouvrages touristiques considérés depuis des générations comme emblématiques de la région.
Il en est ainsi de l’hôtel Rostemides, débaptisé à la hussarde en Hôtel du M’zab, magnifique bijou architectural obtenu après le réaménagement par Fernand Pouillon d’une ancienne coloniale en hôtel. Après que ses travaux de rénovation aient englouti pas moins de 54 milliards de centimes, le bâtiment demeure désespérément clos et tombe chaque jour un peu plus en décrépitude.
On a annoncé sa reprise par la chaîne El Djazaïr, pour en refaire l’un des fleurons de l’hôtellerie dans le sud du pays, mais c’est resté jusqu’à présent un vœu pieux. Par ailleurs, et à classer au hit-parade des aberrations, la prolifération du commerce informel des vins et spiritueux depuis la fermeture en cascade de tous les bars et points de vente d’alcool sur tout le territoire de la wilaya.
Le dernier commerce du genre a été fermé il y a plus de sept ans, alors qu’il était situé bien loin de la ville, en dehors de toute agglomération, à l’extrémité nord de Bouhraoua, à la sortie vers Alger.
Son gérant a été contraint de fermer boutique à la suite d’une virulente campagne contre les débits de boissons alcoolisées menée par une poignée d’illuminés s’estimant soudainement investis d’une mission de moralisation de la société, et face auxquels les pouvoirs publics locaux ont cédé. A la place a surgi en coulisses et parfois en pleine nature un marché des plus florissants des vins et alcools toutes marques confondues à des prix exorbitants, jamais refusés. Comme quoi la nature a horreur du vide !<